alarmant - les benzodiazépines et l’explosion de démence

Les benzodiazépines sont commercialisées depuis 1960 et massivement prescrites par les généralistes. La classe des benzodiazépines, c’est le grand classique de l’insomnie et de l’anxiété : 134 millions de boîtes de benzodiazépines ont été vendues en France en 2010, et 3,5 millions de personnes de plus de 65 ans – soit un tiers de cette tranche d’âge – en prennent systématiquement.

Mais voilà maintenant qu’est publiée sur le site du British Medical Journal (BMJ) une étude alarmante qui établit un risque élevé de démence chez les personnes prenant régulièrement des benzodiazépines. Bernard Bégaud, professeur en pharmacologie à l’université de Bordeaux, qui dirige le département de pharmacovigilance, et le Pr Jean-François Dartigues, neurologue, également à Bordeaux, confirment ce risque par une étude, en estimant que ce sont – par an, en France – de 16 000 à 31 000 malades supplémentaires qui sont atteints d’alzheimer ; et ce chiffre augmente régulièrement… et chez des personnes de plus en plus jeunes. Le nombre de personnes démentes sur la planète (inclus maladie d’Alzheimer) est évalué à 35,6 millions.

Faut-il y voir une conséquence de la prise régulière de benzodiazépines ? Pour le Pr Bégaud, il n’y a plus guère de doute après trois ans de travail sur le sujet. Il déclare : « En fait, nous explorons cette hypothèse depuis 1997. » Le Pr Dartigues a lancé il y a 25 ans l’étude Paquid, qui observe l’évolution du vieillissement cérébral, normal ou pathologique. Il a disposé d’une cohorte de 3 777 sujets âgés de 65 ans et plus, vivant en Gironde et en Dordogne. Ces personnes ont accepté d’être suivies en se pliant à une batterie de tests. Entre celles qui ont consommé des benzodiazépines et celles qui n’y ont pas touché, nous disposons maintenant d’un recul de plus de vingt ans. Finalement, le résultat statistique est le suivant : un consommateur régulier de benzodiazépines a un risque 50 % plus élevé de présenter une démence de type alzheimer – dans les quinze ans qui suivent – qu’une personne qui n’en consomme pas.

A noter que la prescription au long cours (des années) de ce produit est en contradiction avec les recommandations de bonnes pratiques médicales, et ce type de médicament ne devrait jamais a priori être prescrit plus de 2 à 4 semaines. Mais il s’agit d’un marché gigantesque pour un chiffre d’affaires de 183 millions d’euros (remboursés à 65 % par la Sécu), et l’on comprend que toute critique soit malvenue ; c’est d’ailleurs pour cela que le financement des études ci-dessus a fait l’objet de très gros soucis.

L’on trouve des benzodiazépines dans les médicaments suivants :

- somnifères : Rohypnol, Havlane Mogadon, Stilnox ;

- anxiolytiques : Xanax, Lexomil, Tranxène ;

- relaxants musculaires : Myolastan ;

- anticonvulsivants : Ritrovil ;

- tranquillisants majeurs (neuroleptiques) : Risperdal, Ability, Seroquel.

Sans compter des antipsychotiques puissants conçus pour le traitement de la schizophrénie ou des troubles bipolaires.

Un médecin hospitalier a déclaré : « Nous sommes face à une véritable toxicomanie aux benzos résultant de prescriptions massives de confort ».

Extrait de l’infolettre gratuite Contr’Infos n° 84 de Michel Dogna : 
contrinfos.fr ou micheldogna.fr