BILLET

Gardez le rythme !

Jean-Pierre Camo

NOVEMBRE 2018

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Pas facile, aujourd’hui, de caler nos heures de repas et de sommeil sur nos rythmes biologiques naturels.

En effet, selon la chrononutrition, nos sécrétions enzymatiques obéissent à un tempo journalier bien précis : à chacune son heure de prédilection. Hélas, loin de respecter l’adage populaire « manger comme un roi le matin, un prince le midi et un mendiant le soir », nous faisons exactement le contraire : petit déjeuner léger (voire juste un café sur un estomac vide), repas du midi pris sur le pouce et dîner copieux et trop tardif. Alors que le repas du soir devrait rester léger puisque nos sécrétions enzymatiques sont au plus bas à ce moment-là. Avons-nous vraiment besoin d’emmagasiner tant d’énergie et de tant solliciter notre système digestif avant d’aller au lit ? Quant à nos petits déjeuners sucrés, quelle aberration puisque la consommation de glucides va inutilement augmenter la sécrétion de cortisol et d’insuline qui est là, par contre, à son maximum.

Jamais l’humanité n’a vécu dans un environnement nocturne aussi lumineux, en particulier dans les grandes villes. Or la lumière bloque la sécrétion de mélatonine, la fameuse hormone du sommeil sécrétée la nuit par la glande pinéale. Pour ne rien arranger, l’heure d’été, en avance de deux heures sur l’heure solaire, nous oblige à nous lever deux heures plus tôt : si vous réglez votre réveil à 7 heures, il sera en réalité 5 heures du matin au soleil ! Conséquence : nous nous endormons trop tard et nous levons trop tôt, au détriment d’un sommeil moins réparateur.

Je disais que ce n’était pas facile. Car respecter nos rythmes biologiques relève aujourd’hui de l’exploit.

D’abord revoir de fond en comble nos habitudes alimentaires : un petit déjeuner consistant, à base de protéines et de gras (les Anglais le savent bien) ; un repas de midi nourrissant mais sans sucres non plus (ah, le fameux dessert !) ; un dîner léger, entre 17 et 19 heures (selon la médecine chinoise). Quant aux fruits et douceurs, ils trouveront parfaitement leur place à la collation.

Ensuite, vivre envers et contre tout à l’heure de notre fuseau horaire, c’est-à-dire en retard d’une heure par rapport à l’heure « officielle » l’hiver et en retard de deux heures l’été, ne serait pas compatible avec les horaires de notre travail, des commerces, des écoles… bref, avec une vie sociale normale.

Enfin, très ancré dans nos habitudes, l’éclairage nocturne (et notamment la lumière bleue des écrans, dangereuse pour nos yeux) nous tient éveillé tard dans la soirée et retarde donc la sécrétion de mélatonine.

Eh oui, notre mode de vie moderne repousse en soirée notre moment nécessaire de récupération, de partage et de retrouvailles, après une longue journée passée au travail et souvent dans les transports. L’occasion d’un dîner copieux, suivi peut-être d’un programme télé et, de plus en plus souvent – addiction oblige – de longues heures sur les réseaux sociaux ou sur Internet. De quoi se coucher, l’estomac surencombré, à des heures très tardives, avec de multiples conséquences sur notre énergie et notre santé.

Quand on n’écoute pas les rythmes de son corps…

Jean-Pierre CAMO

Directeur de la publication et romancier

La saga du vinland De Jean-Pierre Camo
La saga du vinlandDe Jean-Pierre Camo, éd. Alphée, 472 p., 2008.

Revivez l’incroyable découverte de l’Amérique vers l’an mil par de valeureux Vikings, personnages hauts en couleurs et souvent méjugés. Fruit de quatre années de recherche, ce roman s’est voulu aussi proche que possible des textes médiévaux tout en adoptant une langue plus moderne. Certainement la plus grande aventure maritime du Xe siècle, comme si vous y étiez…

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