BILLET

FEMMES ET AGRICULTURE

Lisa Pujol

MARS 2024

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Imaginez une exploitation agricole. Par qui est-elle dirigée ? Peut-être avez-vous pensé à un homme, tant les représentations traditionnelles sont ancrées dans nos modes de pensée. Pourtant, un peu plus d’une exploitation agricole sur 4 est gérée (ou cogérée) par une femme. Aujourd’hui en France, les femmes représentent 30 % des effectifs permanents du secteur agricole. Majoritairement plus diplômées que leurs homologues masculins, elles perçoivent néanmoins 29 % de moins que les hommes et, à la retraite, les écarts de pensions de creusent conséquemment. Les inégalités de genre n’échappent pas au milieu agricole. Assez méconnues du grand public, et invisibilisées, ces inégalités sont structurelles, systémiques et multiples : difficultés d’accès au foncier, à l’investissement, aux aides, aux formations, freins à l’installation… À cela s’ajoutent une charge domestique inégalement répartie, une remise en cause de leur légitimité ou de leurs compétences, des discriminations, des remarques déplacées, machistes. D’ailleurs, le milieu agricole n’a pas non plus échappé au hashtag #MeToo, qui a permis à des femmes de témoigner des violences sexistes et sexuelles qu’elles subissent au quotidien, sur fond de stéréotypes qui ont la peau dure. Le monde agricole perpétue l’idée d’une rudesse, teintée d’une tradition viriliste, en prise avec des normes masculinistes où le dur labeur est valorisé. Cela rend difficile d’accès certaines tâches ou savoir-faire pour les femmes, mais pour les hommes, aussi ! La crise agricole l’a bien soulevé ces dernières semaines : le métier d’agriculteur·rice est devenu complexe, avec des conditions de travail difficiles, des revenus faibles, voire inexistants, une considération générale et politique qui laisse à désirer. Malgré les obstacles auxquelles elles sont confrontées, les femmes du monde rural s’organisent. Elles mettent en place des outils et des leviers pour revendiquer leur place professionnelle, déjouer les difficultés et augmenter leur capacité d’agir et leur autonomie. Ce 8 mars, la journée internationale des droits des femmes célèbrera les luttes menées par les féministes et rappellera que le combat pour l’égalité hommes/femmes, quoi qu’en pensent certains, n’est pas encore gagné. Qu’il doit impliquer autant les femmes que les hommes. Les mentalités commencent à évoluer. Et comme le disent si bien les membres du Réseau CIVAM dans l’un des articles de notre dossier : se réinventer et renouveler les générations, c’est aussi donner envie à d’autres, avec de meilleures conditions de travail, de devenir paysan·nes.