BILLET

25 % : la MASSE CRITIQUE

Jean-Pierre Camo

07/2020

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Souvent figées dans des conservatismes bien ancrés, l’opinion publique et les conventions sociales peuvent subitement basculer, sans que l’on sache vraiment pourquoi. En effet, une étude parue dans le magazine américain Science le 8 juin 2018 (1) suggère qu’un groupe minoritaire d’à peine 25 % peut à lui seul induire un profond changement de mentalité au sein de la population.

Quelques exemples :
Le mariage accordé aux couples homosexuels dans de nombreux pays sur une période très courte. Un étonnant phénomène de « tache d’huile ». Il y a peu tabou et sujet de vives oppositions, ce nouveau droit ne fait plus vraiment débat dans l’opinion publique, et l’homophobie est désormais perçue comme une opinion inacceptable.

Le mouvement #MeToo a réveillé les consciences sur le harcèlement que subissent de nombreuses femmes au quotidien. Désormais, les hommes commencent à intégrer l’existence de certaines limites à ne pas franchir et des souffrances engendrées par ce type de comportement.

Plus récemment, la mobilisation historique Black Lives Matter (la vie des Noirs compte) a jeté une lumière crue sur le racisme souterrain mais bien réel de nos sociétés occidentales. Beaucoup découvrent que trouver un travail, un logement, ou obtenir un crédit peut s’avérer très compliqué pour les personnes de couleur. Le début d’un vrai changement ?

L’exemple le plus frappant est sans aucun doute la prise de conscience écologique. Après des décennies d’indifférence, l’opinion a désormais intégré le fait que notre planète se réchauffe dangereusement et que chacun peut – et doit –, à son petit niveau, changer ses comportements et ses modes de consommation.

Selon le CNRS, entre 20 et 25 % des Français éviteraient de se faire vacciner contre le Covid-19. La France, patrie du pionnier de la vaccination Louis Pasteur, est le pays le plus sceptique envers les vaccins : un Français sur trois ne croit pas qu’ils soient sûrs. L’idée fait-elle son chemin ?

L’épisode du confinement a fait émerger de nouveaux modes de consommation, plus orientés vers le bio et le local. Le Baromètre de consommation et de perception des produits biologiques en France, que publie régulièrement l’Agence Bio, montre clairement l’engouement croissant des Français pour ce type de produits.

Contrairement à l’idée reçue que seule une majorité de personnes (soit 51 %) peut faire changer d’avis le reste de la population, l’auteur principal de l’étude, Damon Centola, sociologue à l’université de Pennsylvanie, aux Etats-Unis, explique que 24,3 % suffisent à faire basculer l’opinion et qu’en dessous de ce seuil, rien ne se passe.

Les médias mainstream (courant principal) jouent également un rôle très important, que ce soit en ne présentant que des infos orientées dans un certain sens ou en qualifiant un peu trop facilement les questions alternatives de fake news (fausses nouvelles) Sans parler des publicités vantant une alimentation ultra transformée ou incitant à une surconsommation, notamment d’équipements polluants.

Pourtant, si le nombre de citoyens aspirant au changement atteint la masse critique (évaluée à 25 %), alors ces derniers pourraient entraîner la société vers de nouveaux paradigmes plus responsables et plus respectueux. Car le pire n’est jamais certain…  

1. www.usbeketrica.com