BILLET

DES DÉPUTÉS MABOULS

Jean-Pierre Camo

OCTOBRE 2018

294

Tard dans la nuit du 14 au 15 septembre, l’Assemblée nationale a renoncé à fixer une date d’interdiction pour le glyphosate (initialement prévue dans trois ans au plus tard, selon l’engagement présidentiel), cet herbicide classé cancérogène probable.

Pourquoi discuter un texte si important au milieu de la nuit, où seuls 63 députés étaient présents ? Drôle de représentation des citoyens tout de même… Nul doute que si les tous groupes parlementaires avaient été au complet, et non représentés, pour certains d’entre eux, par un seul député cette nuit-là, l’interdiction du glyphosate aurait pu être votée.

Certes, se passer de glyphosate, molécule fétiche du célèbre Roundup, suscite des craintes compréhensibles dans le milieu agricole conventionnel, notamment en termes d’hypothétiques chutes de rendements. Certes, les agriculteurs ne roulent pas tous sur l’or et cette interdiction allait considérablement leur compliquer la tâche pour des lendemains plus qu’incertains.

Pourtant, nul n’ignore plus aujourd’hui l’extrême dangerosité de cette substance tant pour la santé humaine – et en tout premier lieu celle des agriculteurs et de leur famille, n’est-ce pas paradoxal –, que pour l’avifaune, la faune aquatique ou les abeilles qui meurent par milliards…

Pourtant, les alternatives existent :

- Abandonner la monoculture au profit de la rotation des cultures pour compliquer l’implantation des ravageurs.

- Installer des filets de protection sur certaines cultures.

- Epandre des purins de plantes (ortie, prêle, consoude…).

- Pratiquer la lutte biologique (via des prédateurs naturels des insectes).

Tout cela n’est pas nouveau et porte un nom : l’agrobiologie.

Malgré tout, interdire le glyphosate aurait-il suffi ?

Non, si aucune incitation à basculer vers de nouvelles pratiques agricoles plus respectueuses de la santé des êtres vivants et de l’environnement n’est mise en place. Car on ne passe pas du bio du jour au lendemain. Il faut un accompagnement tant technique que financier. A l’évidence, la volonté politique n’est pas au rendez-vous : idées reçues, naïveté, soumission aux puissants lobbies de l’agrochimie ? Au choix… Non car, fins stratèges, les multinationales de l’agrochimie ont déjà préparé le coup d’après. De nouvelles molécules, tout aussi toxiques, attendent déjà dans les starting blocks.

Non car ces pesticides et autres joyeusetés dont le nom se termine par « cide » (du latin cida, tuer) contiennent des adjuvants souvent bien plus toxiques que le glyphosate, substances, par ailleurs non prises en compte dans les études de toxicité, qui se retrouveront, n’en doutons pas, au côté des prochains substituts du glyphosate.

Comment peut-on voter contre une proposition de loi frappée au coin du bon sens et plébiscitée par une majorité de Français ? Voilà une substance cancérigène, perturbateur endocrinien avéré, causant la maladie de Parkinson, des malformations chez les nouveau-nés… qu’une poignée de députés a nuitamment refusé de proscrire, même après un délai raisonnable de trois ans… Incompréhensible !

Monsieur Nicolas Hulot, le gouvernement que vous venez tout juste de quitter comprend assurément mal les enjeux essentiels de notre modèle agricole, qui, à l’instar de notre médecine, s’applique à administrer à chaque problème un remède chimique, une façon bien symptomatique de régler les questions. Votre départ nous peine, mais pouviez-vous accepter que votre voix, et celle de nombreux lanceurs d’alertes indépendants, restent inaudibles ?

Jean-Pierre CAMO

Directeur de la publication et romancier

La saga du vinland De Jean-Pierre Camo
La saga du vinlandDe Jean-Pierre Camo, éd. Alphée, 472 p., 2008.

Revivez l’incroyable découverte de l’Amérique vers l’an mil par de valeureux Vikings, personnages hauts en couleurs et souvent méjugés. Fruit de quatre années de recherche, ce roman s’est voulu aussi proche que possible des textes médiévaux tout en adoptant une langue plus moderne. Certainement la plus grande aventure maritime du Xe siècle, comme si vous y étiez…

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