Biocontact a rencontré Nicolas Bertrand lors du salon Natexpo 2025 à Paris. En tant que délégué général, il assure le lien entre les adhérents, le conseil d’administration et l’équipe permanente. Au quotidien, il veille à la mise en œuvre de la stratégie définie par le Conseil d’Administration et au bon fonctionnement de l’association. Rencontre.
Cosmébio est une référence incontournable dans la filière bio. Comment la présenteriez-vous ?
Cosmébio est l’association professionnelle de la cosmétique bio, créée en 2002 par une quinzaine d’entreprises pionnières. Nous regroupons aujourd’hui près de 500 entreprises, représentant 650 marques et plus de 16 000 produits labellisés.
Notre mission : faire connaître et reconnaître la cosmétique bio à travers le label Cosmébio, basé sur le cahier des charges européen Cosmos.
Nous accompagnons aussi nos adhérents dans leur développement, à travers des actions de communication, un support technique, des rencontres commerciales, des salons… Nous sommes également organisme de formation.


De nouveaux défis environnementaux ont vu le jour au cours des dernières années, ce qui a poussé l’association Cosmébio à créer un manifeste avec 6 engagements. Sont-ils encore amenés à évoluer avec des enjeux actuels ?
Le manifeste actuel, révisé en 2021, reste très pertinent : il est suffisamment large pour englober les enjeux émergents, tout en restant opérationnel.
Nous l’adaptons via une commission éthique, qui identifie de nouveaux sujets, ainsi qu’à travers le conseil d’administration, qui peut décider de révisions.
Ce qui évolue surtout, c’est l’auto-évaluation annuelle de nos adhérents : chaque entreprise se positionne sur les critères du manifeste. Nous avons renforcé cette auto-évaluation, notamment sur la partie commerce équitable, afin de mesurer l’engagement global du secteur.
Parmi les nouveaux enjeux que nous surveillons, il y a par exemple la question des biotechnologies : certains ingrédients du conventionnel peuvent être produits via des micro-organismes génétiquement modifiés (aujourd’hui interdit en bio et dans COSMOS). Cela pose des questions complexes entre impact environnemental, naturalité et attentes du marché.
En 2022, vous avez rejoint le label BioED, aux côtés du Synabio. Quel impact cela a-t-il eu, selon vous, sur la crédibilité de la cosmétique bio ? Et comment vos adhérents ont-ils réagi ?
L’objectif était d’accompagner nos adhérents plus loin dans leur démarche RSE. BioED est un label sectoriel logique pour la bio, d’autant que nous partageons avec le Synabio des valeurs et une même vision à travers la Maison de la Bio.
Cependant, l’impact reste aujourd’hui limité. Cela s’explique par plusieurs raisons : un positionnement parfois difficile à comprendre pour nos adhérents, car Cosmébio porte déjà un label avec des engagements RSE forts ; une arrivée à un moment économiquement délicat pour certaines entreprises ; un public majoritairement constitué de petites structures, pour qui un nouveau label représente un investissement important ; et enfin, le fait que BioED n’apparaisse pas sur le packaging, ce qui limite la valorisation du travail accompli.
Ce n’est pas un manque d’intérêt pour la RSE, mais plutôt une redondance avec le référentiel Cosmos et le manifeste Cosmébio, qui couvrent déjà beaucoup d’engagements.
Sur la question des ingrédients controversés, Cosmébio publie des dossiers de sensibilisation, sur les silicones ou les acrylates, par exemple. Comment gérez-vous la tension entre innovation cosmétique et naturalité/sécurité ?
Notre objectif est de continuer à élever le niveau d’exigence.
Cela peut être difficile pour certaines entreprises, surtout dans un contexte économique tendu, mais notre rôle est de stimuler l’innovation dans un cadre qui protège la naturalité et la santé publique.
Et les résultats sont là : vingt ans après la création de l’association, les tests consommateurs montrent que les produits bio rivalisent désormais avec les produits conventionnels, notamment sur l’hydratation, l’anti-âge, la sensorialité ou la qualité des parfums.
En tant qu’association, vous formez vos adhérents via des webinars et conférences. Quelle est la thématique la plus demandée actuellement, et comment adaptez-vous vos outils pour accompagner les marques vers plus de durabilité ?
Les thématiques que nous traitons évoluent, mais les enjeux de naturalité, d’ingrédients et de réglementation restent centraux.
Nos outils – webinars, conférences, accompagnement technique – sont adaptés en permanence pour aider les marques à gagner en durabilité, à comprendre les nouvelles attentes et à anticiper les évolutions du marché.
Pour l’avenir : comment Cosmébio prévoit-elle de renforcer sa gouvernance ou ses critères de labellisation à l’horizon 2030 pour rester en phase avec les attentes des consommateurs bio plus exigeants ?
L’idée n’est pas d’assouplir, mais au contraire de maintenir et renforcer notre niveau d’exigence, en cohérence avec les attentes des consommateurs bio, toujours plus avertis.
Nos outils – manifeste, référentiel Cosmos, auto-évaluations – permettent déjà de mesurer et d’encourager le progrès continu.
À l’horizon 2030, nous allons poursuivre dans cette direction : consolider la gouvernance éthique, affiner nos critères et accompagner les entreprises vers un modèle toujours plus durable, exigeant et innovant.
Site Internet : www.cosmebio.org










