Selon le ministère de l’Environnement, le secteur du bâtiment représente 43 % des consommations énergétiques annuelles françaises et génère 23 % des émissions de gaz à effet de serre. Empêcher la chaleur de sortir en hiver et conserver assez de fraîcheur l’été contre les canicules semble donc être le rôle de l’isolation. Mais qu’en est-il exactement ?
Dans un logement chauffé à l’électricité, le chauffage, l’eau chaude et la production de froid représentent près de 60 % de la facture. Alors que près de 8 millions de logements sont déjà climatisés en France et que les besoins de rafraîchissement progressent, l’isolation est essentielle pour limiter les consommations et améliorer le confort en toutes saisons. Comment isoler efficacement, en tenant compte des besoins d’hiver et du confort d’été ?
L’importance d’une bonne isolation
Soutenu par des politiques incitatives, le parc de logements s’est progressivement rénové et de nombreux équipements de chauffage ont été remplacés. Mais l’isolation n’est qu’un élément parmi d’autres qui contribuent à rendre un bâtiment économe. Il faudra notamment :
- que la ventilation mécanique qui vrombit dans les salles de bains et les cuisines n’éjecte plus (ou beaucoup moins) l’hiver l’air chaud produit par les radiateurs, et lors des canicules, l’air frais des climatiseurs ;
- que l’eau des douches ne perde plus les précieux kilowattheures dans les égouts et que l’on récupère la chaleur produite. Avec un système de récupération de la chaleur d’une douche, on peut récupérer environ 50 % de la chaleur pour une dépense de 1 000 € à 2 000 €, avec un retour sur investissement en 7 ans… ;
- que l’isolation n’enferme pas la chaleur des canicules en été, sinon, ce qui a été économisé l’hiver sera perdu l’été avec la climatisation.
Isoler, certes, mais d’abord récupérer la chaleur de l’air vicié…
En ce qui concerne les flux énergétiques entrant et sortant d’une maison, les apports en énergie sont divers : corps des habitants, appareils de chauffage, soleil et, dans une maison très isolée, très peu de chauffage. Dans cette dernière, la chaleur de l’air vicié est récupérée par une ventilation mécanique à double flux : l’hiver, quand elle puise l’air extérieur, celle-ci est réchauffée grâce aux calories de l’air vicié avant d’être injectée dans la maison. Son prix atteint environ 20 000 €, pour une économie d’environ 1 000 € par an, soit un retour financier en 17 ans… Soit un rendement de 5,5 %, sachant qu’il s’agit d’un appareil à entretenir, soumis à l’usure et qu’il faudra remplacer un jour…
Où mettre son isolation ?
D’abord, il faut réfléchir où placer l’isolation : par exemple (en rénovation ou en construction), il est conseillé de la placer à l’extérieur de manière à créer, dans les murs et les dalles, une réserve naturelle de chaleur en hiver et de fraîcheur en été. Cette technique permet de jouer sur l’« inertie thermique » : on profitera en canicule des murs refroidis en saison froide et, à l’inverse, en hiver des murs réchauffés l’été par les canicules.
Quand ce système fonctionne, il est moins nécessaire de produire de l’air chaud via les radiateurs ou de l’air froid via les climatiseurs, dont les précieuses calories, ou « frigories », sont évacuées vers le ciel par la ventilation si celle-ci est à « simple flux » et ne dispose pas d’échangeur de chaleur… En revanche, le coût d’une isolation par l’extérieur est élevé.
L’isolation par l’intérieur, dans les murs
Le plus souvent, votre maison est isolée de l’intérieur par de la laine de verre derrière des cloisons de plâtre, ce qui fait que vous ne pouvez pas utiliser la masse des murs pour rafraîchir en été et réchauffer en hiver.
En construction, il sera préférable de choisir soit des briques isolantes Monomur, dont la masse favorise l’« inertie » thermique et permet de garder du frais l’été et du chaud l’hiver.
Ne pas oublier de faire sortir la vapeur d’eau
Souvent, dans une maison en parpaings classiques isolée de l’intérieur, la vapeur d’eau se retrouve très souvent coincée dans l’isolant, qui perd ses propriétés et vous envoie des moisissures.
Dans une maison à ossature bois isolée avec de la laine de bois, les murs sont conçus pour permettre à la vapeur d’eau que produisent les habitants en cuisinant, en se lavant ou en respirant, de s’évacuer naturellement.
Si vous avez besoin d’isoler bio…
… de l’intérieur : défaites votre isolation en laine de verre derrière ses plaques de plâtre accrochées sur les rails, et posez une isolation intérieure en chaux-chanvre contre le mur. Dès lors, fin des condensations et des moisissures, et en plus le matériau régulera l’humidité de la pièce.
… de l’extérieur, de même, préférez les blocs chaux-chanvre à la solution consistant à placer, par exemple, des blocs de polystyrène que l’on revêt d’un crépi. Les murs isolés par l’extérieur en polystyrène dégagent des vapeurs nocives… et sont éminemment inflammables.
Mise en place d’un mur chaux-chanvre permettant d’isoler une maison de l’intérieur, de préférence à de la laine de verre derrière de grandes plaques de plâtre.
© Simon Cosseti
Pierre-Gilles Bellin
Fondateur d’Arca Minore Bio Construction, conseil en construction écologique autonome, dépôt de permis de construire et maîtrise d’ouvrage avec son architecte associé, In Silico Architecture.
Arca Minore Bio Construction
Cette association constructive et expérimentale a été fondée par Pierre-Gilles Bellin. Elle propose des permis de construire de maisons écologiques, qui peuvent aller jusqu’à l’autonomie totale, et développe un prototype en Bretagne, allant jusqu’à l’autonomie électrique, alimentaire, à empreinte écologique modérée, conçu pour l’autonomie alimentaire – en utilisant, par exemple, toits et façades comme supports de vie végétale.
Bâtir & rénover face au changement bioclimatique
Face aux événements météorologiques extrêmes et à la flambée des coûts, adapter ou repenser sa manière de construire est devenu une nécessité. Pierre-Gilles Bellin partage ses connaissances et son expérience de terrain pour transformer radicalement notre manière de bâtir et de rénover. Objectif : des habitats bioclimatiques durables, autonomes et économes.
De Pierre-Gilles Bellin, éd. Ulmer.


