BILLET

TOUT PART À VAU-L’EAU

Lisa PUJOL

SEPTEMBRE

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Alors que la France a enregistré cet été des températures historiques et que l’on a assisté, quasi impuissant, aux incendies à répétition et à l’assèchement de nos cours d’eau, certains ont continué d’arroser leur pré carré. En ligne de mire, les clubs de golf, qui ont obtenu une « dérogation » pour préserver leur green. Une situation insensée, quand on sait qu’il a été interdit à des maraîchers et maraîchères d’irriguer leurs parcelles ou que des communes ont été privées d’eau potable.

À l’origine, cette dérogation est issue d’un accord datant de 2019 entre la Fédération française de golf et le ministère de la Transition écologique. En échange de cette « faveur », les golfs se devaient de s’engager à réduire l’impact environnemental de leurs activités. S’il y a de bons élèves chez les propriétaires, le golf est loin d’être une activité écologiquement vertueuse. Ceci explique cela… mais laisse un arrière-goût d’injustice sociale. Tout comme la culture du maïs, activité gourmande en eau, destinée en majeure partie à l’élevage intensif.

Et sans justice, pas de transition durable. D’autant plus que les tensions qui s’accroissent autour des ressources en eau potable, vitales, laissent à penser que la guerre à l’or bleu est d’ores et déjà en marche ; une guerre prédite depuis un moment et non anticipée malgré les alertes moquées et minimisées du monde scientifique.

Mais comment continuer à remplir la cruche alors même que l’eau du puits se tarit ? Certainement pas en brandissant le mot « sobriété » à tout va tel un drapeau de paix pour calmer la colère et l’indignation qui monte chez les citoyens. Ni en multipliant les projets d’investissements et de stockage. De faux projets écolo, en somme : au lieu d’économiser, on pérennise la pression mise sur nos ressources hydriques moyennant quelques aménagements coûteux à la fois sur le plan financier et écologique. Des actions sur le court terme qui ne font qu’exacerber notre dépendance. La question brûle les lèvres, manquera-t-on d’eau potable un jour ?

Pour l’heure, c’est un autre liquide millénaire que Biocontact vous propose de passer à la loupe ce mois-ci, un breuvage lui aussi victime de la sécheresse, dont les experts et expertes questionnent son devenir. On ne peut être plus juste en citant que dans le vin, il y a l’homme et le climat. Même si la vigne est résistante et frugale en eau, le stress hydrique lui fait perdre ses feuilles, bloque la croissance du raisin, la chaleur fait monter le degré de sucre et d’alcool. Conséquences : vendanges précoces, rendements à la baisse, déséquilibre gustatif, vieillissement rapide, mutation des terroirs… Un véritable impact dans la filière viticole qui cherche les moyens de se réinventer.

Détresse écologique et torpeur d’un été inédit mèneront-elles à la mobilisation générale ? On le sait, ce n’est pas en cédant à l’anxiété que l’on sera à la hauteur des enjeux du siècle. Alors, quitte à se mobiliser, pourquoi ne pas commencer par le faire autour d’une table (et d’un bon verre de vin ? Bio, bien sûr, et rouge, de préférence !). Rencontrons-nous, dialoguons, échangeons, menons des actions collectives, même à petite échelle. Car les petits ruisseaux font les grandes rivières… Bonne dégustation !