BILLET

FAUT-IL BOYCOTTER L’HUILE DE PALME ?

Lisa PUJOL

MARS 2021

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Déforestation, incendies, espèces en danger, aliments transformés, malbouffe, obésité : les images qui nous viennent à l’esprit en songeant à l’huile de palme n’ont pas bonne presse. Cette huile végétale, issue de l’exploitation du palmier et largement décriée, s’est pourtant taillé une place de choix dans de nombreux garde-mangers.

Présente dans plus de la moitié des produits alimentaires des supermarchés conventionnels, dans les cosmétiques et les produits d’entretien, on la trouve également dans la production d’énergie avec les agrocarburants. Les industriels en raffolent, et pour cause : elle est peu chère (elle permet de remplacer les acides gras trans et les graisses d’origine animale) et très rentable (4 tonnes d’huile de palme et de palmiste sont produits par hectare et par an, soit 7 à 10 fois plus que le soja, le colza et le tournesol (1)).

Très utilisée en Afrique de l’Ouest et au Brésil (huile de dendê), les propriétés nutritives de l’huile de palme méritent d’être rappelées. Grâce à son taux d’acides gras saturés (50 %), elle résiste aux fortes températures et s’avère donc excellente pour la cuisson. Riche en vitamines K et E, elle se présente sous forme de triglycéride à chaîne moyenne que l’on peut retrouver dans le lait maternel et est recommandée aux personnes souffrant de problèmes digestifs.

Alors, avec un tel pédigrée, quelle est sa place sur le marché du bio ? En France, on peut la trouver dans les magasins bio sous forme d’huile de palme rouge non raffinée. Les certifications huile de palme durable et biologique sont un premier pas encourageant pour limiter l’impact de sa production sur l’environnement. Pour autant, ces labels n’ont pas encore prouvé toute leur efficacité. Par exemple, le label RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil) interdit « seulement » le défrichage des forêts primaires et des forêts à haute valeur de conservation, et ne protège pas toujours les paysans qui se voient expulsés de leur terre. En France, la certification Écocert tient un cahier des charges plus strict concernant la conduite des cultures bio mais ne garantit pas l’absence de déforestation.

Nous voilà au cœur d’une double problématique (d’un côté, la santé, de l’autre, l’impact écologique) et d’un système qui se mord la queue. Sans oublier que la production de l’huile de palme fait vivre directement des millions de personnes. Il y a deux ans, l’Indonésie a porté plainte devant l’OMC contre l’Union européenne, pointant du doigt une politique qu’elle estimait « discriminatoire » contre l’huile de palme, son principal produit d’exportation, mais aussi un atout économique providentiel à même de réduire la pauvreté du pays.

Ainsi, le tableau n’est pas tout noir : grâce à l’action de certaines ONG, de nombreuses entreprises ont pris ou prennent des engagements pour s’approvisionner en huile de palme « zéro déforestation ». Il n’est ici pas question d’appel au boycott des produits contenants de l’huile de palme, mais de sensibilisation des consommateurs afin que ceux-ci détiennent les informations nécessaires pour leur permettre de séparer le bon grain de l’ivraie. Les entreprises utilisatrices d’huile de palme se doivent d’identifier avec précision sa provenance et les pratiques de leurs fournisseurs. Et puis, à nous de bien lire les étiquettes. Car nos actes d’achat influent évidement sur le comportement des entreprises, du marché et sur les (mauvaises) fréquentations de nos placards.

 

1. www.cirad.fr