BILLET

Du dressing à l’océan, il n’y a qu’un pas

Lisa PUJOL

MAI 2021

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Vite produit, vite acheté, vite porté, vite… abandonné : telle est la trajectoire de vie des vêtements de nos jours. Ces dernières décennies, l’industrie textile a engendré un phénomène semblable à celui de l’obsolescence programmée : les habits jetables. Et rien de plus simple que de renouveler sa garde-robe pour une bouchée de pain. Avec quelque 200 nouveaux modèles chaque jour, certaines enseignes inondent le marché avec une offre pléthorique et sans cesse renouvelée et renouvelable. Un mécanisme derrière lequel se cache souvent des employés exploités, dont les droits humains sont bafoués.

Et il y a autant de rapports à la mode que d’individus. Entre conformisme vestimentaire, démarcation sociale ou désintérêt pour la chose, les vêtements que nous enfilons en disent beaucoup sur nous et sur le milieu dans lequel nous évoluons. Car être bien habillé, c’est aussi être accepté.

Si la crise de la Covid a modifié les tendances d’achat de certains consommateurs, avec une volonté d’« investir » un monde plus écolo et une industrie vestimentaire plus éthique, elle a aussi frappé de plein fouet l’industrie de la fast fashion (- 55 % sur le chiffre d’affaires en France, selon l’Institut français de la mode), dévoilant ainsi ses défaillances, jamais autant mises en lumière : impact sur les emplois en France mais aussi à l’autre bout du monde, échanges réduits, commandes annulées, usines fermées.

Derrière ce système frénétique se dissimule de façon plus ou moins transparente la deuxième industrie la plus polluante au monde, celle du prêt-à-porter. Elle émettrait 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre chaque année (1), soit plus que les vols internationaux et le trafic maritime réunis, et serait le troisième secteur le plus consommateur d’eau dans le monde, après la culture du blé et du riz.

Phénomène sidérant à propos de l’eau : les vêtements à base de fibres synthétiques (provenant du pétrole) libèrent au fil du temps des microparticules plastiques dans les eaux de lavage, qui ne sont pas toujours filtrées par les stations d’épuration et finissent leur course dans l’océan. Elles polluent les eaux, échouent sur les rivages ou, après s’être dégradées au gré des courants, sont ingérées par les planctons et les organismes marins et finissent par contaminer toute la chaîne alimentaire, jusqu’à nos assiettes. Quant à celles piégées dans les stations d’épuration, elles termineraient dans les boues, qui, après avoir subi un traitement, seraient utilisées comme fertilisant pour les terres agricoles. La boucle est bouclée !

À l’ère d’un impérieux besoin de consommation responsable, les acteurs ne sont pas tous à incriminer. Les marques qui cochent toutes les cases (écolos, bio, locales et garantes de conditions décentes pour les hommes et les femmes à l’œuvre) sont rares et il faut être prêt à mettre le prix. Des alternatives existent… nous vous laissons le soin de les découvrir dans notre dossier. Bonne lecture !

 

1. Rapport La mode sans dessus-dessous de l’Agence de la transition écologique (ADEME). https://multimedia.ademe.fr/infographies/infographie-mode-qqf/

 

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