BILLET

L’HOMME ET LA MER, UN LIEN INDÉFECTIBLE

Lisa PUJOL

OCTOBRE 2021

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Depuis le début de notre ère, l’homme et la mer sont intimement liés. On oublie même qu’avant de venir du singe, l’homme viendrait de la mer. Dans l’histoire évolutive du vivant, la vie est née dans les océans sous forme d’organismes unicellulaires qui, après s’être développés, ont fini par quitter les océans pour occuper et domestiquer la terre, rendant notre origine plus merrienne que terrienne.

Une colonisation qui s’est, plus tard, à nouveau produite via les mers et océans quand l’homme impérieux a voulu connaître le monde : la mer, espace de conquêtes, de batailles et de grandes explorations. Une épopée singulière à travers les mers qui se prolonge jusqu’à aujourd’hui puisqu’une grande partie des fonds marins demeure encore inexplorée, suscitant toujours plus de questionnements et de fantasmes.

Car la mer est et a été le théâtre et la source d’un imaginaire collectif. Envahie de monstres dans certaines civilisations, peuplée de légendes ancestrales, de cités perdues et de vaisseaux fantômes, empreinte de vieilles traditions, parfois surannées comme celles interdisant la présence de femmes au sein des embarcations.

Généreuse, la mer nourricière, lieu de vie de nombreuses espèces, régale les hommes qui en ont fait une ressource alimentaire majeure : faune (poissons et crustacés) et flore (algues) constituent d’excellents apports nutritionnels et sont couramment utilisés en cosmétique ainsi que dans les compléments alimentaires.

Mais dans un rapport défaillant et abusif, la mer, dépouillée, souffre en retour d’une exploitation humaine insatiable et de ses conséquences : la surpêche qui affaiblit les stocks de poissons et détruit les écosystèmes, les émissions de gaz à effet de serre qui acidifient l’eau et font monter sa température, les déchets plastiques, toujours plus nombreux, dont le volume de rejets annuel pèserait quelque 8 millions de tonnes, les marées vertes… sans compter sur la pollution pétrolière et les marées noires.

Cet or noir fait aussi, d’ailleurs, de la mer un espace de rivalité où les frontières sont toujours à définir et redéfinir, une zone de tensions géopolitiques et stratégiques, tant par le fret maritime que les câbles sous-marins structurant la mise en réseau de millions d’ordinateurs et serveurs de par le monde qui constituent Internet.

La Terre, après sa création, aurait d’abord été noyée sous les eaux avant de laisser apparaître les continents. Aujourd’hui, la montée du niveau de la mer est un des effets du changement climatique que les scientifiques n’ont de cesse de clamer. Les répercussions d’un tel phénomène sur les littoraux comme dans l’intérieur des terres, dessinant, si les objectifs environnementaux ne sont pas tenus, plusieurs scénarios catastrophiques… le présage funeste d’un retour à la case départ.