Muriel Arnal est la fondatrice, en 1995, et la présidente de One Voice, l’une des principales organisations françaises de défense des animaux et de la nature.
D’où vient la relation de domination et d’exploitation que l’homme entretient avec les animaux ?
Cette condition très ancienne trouve ses racines dans notre ignorance de qui sont les animaux. Heureusement, l’évolution des connaissances scientifiques permet de démonter un à un les mensonges des gens qui les exploitent et leur font mal. Ils veulent effacer une notion fondamentale, celle de l’unité des combats pour les humains, les animaux et la nature. Cette unité des combats est la raison d’exister de One Voice, tout est lié.
One Voice a récemment obtenu la condamnation du CNRS et de l’université d’Aix-Marseille pour refus de transparence concernant un centre d’élevage de primates destinés à l’expérimentation. Racontez-nous.
One Voice attaque régulièrement en justice des laboratoires pour leur refus de communiquer des documents qui devraient être mis à notre disposition sur simple demande. Cette demande, nous l’avions notamment faite au CNRS et à l’université d’Aix-Marseille. En juin dernier, le tribunal administratif de Marseille les a enjoints à nous transmettre les documents relatifs aux primates détenus dans leurs laboratoires. Mais certains documents importants pour comprendre par exemple les causes de décès des singes n’ont pas été envoyés, nous avons donc une nouvelle fois saisi le tribunal. Celui-ci a confirmé en novembre dernier que le CNRS et l’université d’Aix-Marseille ne pouvaient pas se soustraire à leur obligation de transparence. Empêcher le public de savoir est un des leviers utilisés par le lobby de l’expérimentation animale pour faire perdurer les expériences les plus cruelles et les plus absurdes.
Choisir de regarder la souffrance animale en face, c’est être confronté à des réalités d’une extrême violence. Face à ces horreurs, où puisez-vous la force et la ténacité nécessaires pour continuer à agir au quotidien ?
Nous savons que les pratiques cruelles qui heurtent – à juste titre – notre sensibilité blessent bien davantage les animaux. C’est en pensant à tous les animaux qui ont besoin de notre mobilisation que nous puisons chaque jour la force de nous battre pour faire changer les choses. Mais aussi en voyant tous ceux que nous avons déjà réussi à sauver, pour qu’ils soient rejoints par de nombreux autres. Nous n’avons pas le droit de baisser les bras, sinon qui auront-ils pour les défendre ? La solidarité entre nous et l’enthousiasme à mener ce combat sont essentiels aussi. Et dans les moments de découragement face à l’indicible, la beauté des animaux, toutes les qualités qu’ils possèdent et l’émerveillement qu’ils nous offrent sont aussi une source immense de détermination.
Après 30 ans d’engagement, quelles sont les victoires dont vous êtes le plus fière ?
Nous avons mis fin en sept ans seulement à 400 ans de « danse des ours » en Inde, en ouvrant un sanctuaire pour les accueillir, en créant une cellule antibraconnage pour lutter contre la capture de ces ours endémiques du pays, et en proposant aux dresseurs l’apprentissage d’un métier, la scolarisation de leurs enfants et un accès à des soins médicaux dignes. Nous avons empêché l’ouverture du plus grand centre d’élevage d’Europe de primates destinés aux laboratoires, en Alsace. Et puis je pense aux tigres que nous avons sauvés après des mois d’une enquête compliquée. Nous avons mené à bien la plus grosse saisie de tigres maintenus en captivité en Europe. Ces animaux, jusqu’alors enfermés à dix dans une remorque de 20 m2, peuvent aujourd’hui dormir au soleil, courir, jouer, loin des fouets des dresseurs des cirques.










