Découvrez comment allier plantes et santé grâce à une phytothérapie simple, locale et responsable, pour se soigner naturellement.
À l’heure où la phytothérapie séduit un public toujours plus large, son succès s’accompagne de dérives préoccupantes : surexploitation des plantes, filières opaques, produits peu fiables… Quelques principes de base et des conseils pratiques suffisent à en faire un outil de santé simple, efficace et respectueux du vivant.
Au moins un tiers des plantes médicinales est menacé de disparition rapide du fait de la conjonction du changement climatique, de l’anthropisation galopante et de la pression de cueillette, tout aussi effrénée. La filière commence avec des cueilleurs pauvres, vivant dans des pays défavorisés, mal payés et peu formés. Puis elle est infiniment opaque et complexe, au point que, selon BotaniCERT, près de 80 % des compléments alimentaires à base de plantes auraient une composition différente de ce qu’annonce l’étiquette.
Conseils pratiques
Pour y remédier, rien de plus simple en réalité, il suffit d’appliquer la même logique que pour l’alimentation :
- Privilégier des formes simples (tisanes, alcoolatures, baumes, macérats, poudres, huiles essentielles, selon l’indication).
- Utiliser une pharmacopée locale et traçable, qui permet de traiter la plupart des indications de la vie courante ; se tourner vers des producteurs engagés en France si l’on ne peut pas cultiver soi-même.
- Interroger son hygiène de vie pour y apporter les adaptations permettant de ne pas se gaver de médicaments en tous genres.
- Résister aux sirènes de l’exotisme : les médecines traditionnelles conseillent toutes de se soigner avec les plantes qui poussent près de chez soi.
Voici quelques exemples, non exhaustifs, permettant d’appliquer aisément ces principes.
Stress et troubles du sommeil légers à modérés
Valériane (Valeriana officinalis ou montana) en décoction ou en alcoolature de racine. Agripaume (Leonurus cardiaca) en alcoolature de parties aériennes. Aubépine (Crataegus monogyna) en tisane de fleur, la forme la plus efficace. Fleur d’oranger (Citrus aurantium var. amara) en tisane ou hydrolat, particulièrement intéressante chez l’enfant.
Douleurs arthrosiques
Scrofulaire (Scrofularia nodosa ou aquatica) en alcoolature de racine qui remplace aisément l’harpagophytum sud-africain. Reine-des-prés (Filipendula ulmaria) en tisane de fleurs à la fois drainante et anti-inflammatoire. Pommade au piment maison ou au curcuma à réaliser pour applications locales.
Cicatrisation
Pommade à la consoude (Symphytum officinalis), active sur toutes sortes de lésions (cutanées, tendinites, post-entorse, consolidation osseuse). Achillée (Achillea millefolium), si courante dans nos champs, en tampon de parties aériennes fleuries, ou en compresses de tisane concentrée ou d’hydrolat. Fleurs de lis (Lilium album), macérées dans de l’huile et appliquées sur les lésions cutanées.
Troubles de la digestion (gaz, ballonnements)
Menthe poivrée (Mentha piperita) en tisane (une forme particulièrement efficace pour cette plante), en alcoolature ou en huile essentielle, efficace pour le syndrome de l’intestin irritable. Graines de carvi (Carum carvi), courant dans nos alpages, souveraines contre les flatulences et les estomacs paresseux, à croquer en fin de repas ou à utiliser en décoction. Camomilles : la « grande » (Tanacetum parthenium), intéressante pour les migraines et douleurs névralgiques ; la « romaine » (Chamaemelum nobile) ; et « l’allemande » (Matricaria recutita), en tisane de fleurs pour drainer le foie et apaiser les spasmes digestifs. Mélisse (Melissa officinalis), antispasmodique et apaisante, en tisane de feuilles, hydrolat ou alcoolature. Arquebuse (Artemisia abrotanum), en alcoolature ou tisane de feuilles, armoise très digestive au goût agréablement citronné, également cicatrisante.
Petites allergies
Huile de graines de nigelle (Nigella sativa), utile pour la beauté de la peau et des cheveux, en application locale ou par voie générale par petites cures. Plantain (Plantago major ou lanceolata), jeunes feuilles comestibles, ou en tisane ou alcoolature. Camomille allemande, vue précédemment, en compresses de tisane de fleurs concentrée ou par voie générale.
Bonne santé à toutes et tous…
Médecin généraliste pratiquant la phytothérapie et la nutrition. Anthropologue passionnée d’ethnobotanique, elle consacre sa recherche et son enseignement à ce domaine.
Autrice chez Terre vivante, elle a publié Manuel de phytothérapie écoresponsable, Soulager les douleurs chroniques ou aiguës et Aimer, cueillir et protéger les plantes médicinales ; ainsi que Guérir : ce que soigner veut dire chez Actes Sud.
Manuel de phytothérapie écoresponsable
Se soigner sans piller la planète
Du Dr Aline Mercan, éd. Terre vivante.
Se soigner avec les plantes, c’est bien. Dans le respect de la nature, c’est mieux et plus cohérent ! Ce livre propose une approche différente des traditionnels manuels de phytothérapie. Pour chaque pathologie, le Dr Aline Mercan nous informe sur les dérives, les plantes en péril à éviter et nous indique les solutions santé écolo-compatibles.




