Le rendez-vous du mois

Anne Barre

WECF France vient de fêter ses dix ans. Quel bilan ? Quels projets ?

En dix années, WECF France a su s’imposer dans le paysage associatif français comme une ONG pionnière en matière de prévention en santé, avec les ateliers et les formations Nesting, aujourd’hui proposés sur l’ensemble du territoire national par un réseau de 200 sages-femmes et professionnel-les de la périnatalité. Mais notre action est beaucoup plus large. Elle vise à affirmer la place des femmes dans l’ensemble des politiques de développement durable et s’étend donc à l’économie circulaire et à l’action climatique : nous valorisons les projets des femmes actives dans les territoires ruraux en France et dans les pays du Caucase.

Pourquoi, selon vous, les femmes sont-elles des actrices majeures du développement durable ?

C’est le rôle alloué aux femmes dans nos sociétés – elles portent la responsabilité de nourrir et de soigner leur famille – qui fait d’elles des actrices fondamentales du développement durable. Ce souci constant d’assurer la survie des leurs, en s’appuyant sur des écosystèmes fragiles et menacés, les oblige à mettre en œuvre des stratégies résilientes de long terme. Les discriminations auxquelles les femmes doivent faire face aujourd’hui restent trop fortes et trop nombreuses : elles n’ont pas accès à la terre, ni aux ressources ou services de base, ni encore à des emplois rémunérateurs ou à des services financiers, et trop souvent on leur refuse le droit de participer aux décisions politiques et économiques, ou simplement d’être respectées dans leur dignité. Il faut aussi revoir l’ensemble des politiques de développement, qui ont trop longtemps été élaborées sans les femmes et qui ignorent totalement la valeur des contributions non rémunérées qu’elles offrent à nos économies. Je parle du travail de soin (le care), réalisé gratuitement dans la sphère domestique, et sans lequel nos sociétés ne pourraient pas fonctionner.

WECF a lancé de nombreux projets environnementaux de par le monde. Quel retour d’expérience ?

Depuis sa création, WECF développe des projets avec ses partenaires de terrain : en Géorgie, Arménie et Ukraine nous agissons pour la transition énergétique en répondant aux besoins des femmes, responsables de l’approvisionnement de leur foyer en combustibles : ceux-ci sont chers et peu soutenables. Elles sont donc les premières motivées à développer des alternatives, comme le solaire. Le modèle des coopératives d’énergie aux statuts paritaires se révèle un puissant moteur de transformation inclusive, fournissant des emplois locaux durables et des positions décisionnaires pour celles qui s’investissent. Nous développons aujourd’hui ce modèle prometteur en Ouganda et au Maroc. Au Kirghizistan, WECF collabore depuis 15 ans avec l’ONG KAWS (Kyrgyz Alliance for Water and Sanitation) pour promouvoir la gestion responsable et participative de l’eau par les usager-es, à travers la création de comités villageois où les femmes sont très impliquées.

Autre réalisation, le projet Nesting, destiné à garantir aux nouveau-nés un environnement intérieur sain. De quoi s’agit-il ?

WECF France s’est donné comme mission première de protéger la santé des femmes enceintes et des jeunes enfants de l’exposition aux polluants chimiques. Nous avons adopté une démarche de sensibilisation et de pédagogie préventive innovante et unique : les ateliers Nesting, développés dès 2008 pour aider les jeunes et futurs parents à mieux comprendre les risques liés aux polluants de l’air intérieur, présents dans les produits de consommation courante et apprendre de manière ludique et dans une ambiance bienveillante à réduire leur exposition et celle de leur nouveau-né. Les animatrices et animateurs Nesting, qui sont plus de 200 en France, suivent une formation avec certification et se rencontrent chaque année pour approfondir et mettre à jour leurs connaissances.

Vous venez d’assister à la COP24, qui s’est tenue en Pologne en décembre dernier. Où en est-on de la mise en œuvre du plan d’action Genre adopté en 2017 ?

Après deux semaines de négociations intenses, force est de constater que les voix des femmes et des peuples les plus touchés par les bouleversements climatiques n’ont pas été entendues à Katowice. Les directives adoptées pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris ne garantissent pas que les droits des femmes et des personnes les plus affectées seront respectés à l’échelle locale, régionale ou nationale. En particulier en ce qui concerne le développement et le transfert de technologies, les Etats n’ont pas fait mention de l’importance d’analyser les besoins en tenant compte des inégalités entre femmes et hommes. Les engagements en matière de financements sont restés très flous et trop faibles, et la question des pertes et dommages subis par les pays et les populations les plus vulnérables, notamment les femmes, a été rayée des radars.

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Anne Barre

infos : www.wecf.eu