Le rendez-vous du mois

Laëtitia Vasseur

Le Sénat a examiné le projet de loi antigaspillage pour une économie circulaire et le sera prochainement par l’Assemblée nationale. En quoi consiste-t-il ?

La lutte contre le gaspillage passe par la lutte contre l’obsolescence des produits et par l’allongement de leur durée de vie : c’est un enjeu pour les consommateurs (notamment les plus modestes) et pour la planète. HOP influence le passage de cette loi pour valoriser l’écoconception, la réparation, le réemploi et la réutilisation.

Le délit d’obsolescence programmée est aujourd’hui défini par « l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement ». Il est puni de 300 000 euros d’amende mais ce montant peut atteindre 5 % du chiffre d’affaires moyen annuel. Aussi, avant d’agir en faveur de plus fortes amendes, nous voulons que les techniques en question soient mieux définies. Par exemple, nous souhaitons que la loi interdise formellement l’irréparabilité des produits et l’obsolescence logicielle, tout en faisant diminuer le coût de la réparation pour le consommateur grâce au financement d’un fonds par les fabricants.

Vous n’hésitez pas à porter plainte contre de grandes multinationales, Apple et Epson. Que leur reprochez-vous ?

Nous avons écrit un rapport très documenté sur l’obsolescence programmée des imprimantes. Cette enquête a révélé que les imprimantes de certaines marques – notamment Epson – comportent une puce qui indique que la cartouche d’encre est vide après un nombre précis d’impressions, alors qu’il reste encore de 20 à 40 % d’encre ! Cette pratique représentant un coût insupportable pour la planète et l’ensemble des consommateurs, nous avons décidé de porter plainte.

La firme Apple a, quant à elle, affirmé qu’elle bridait volontairement les performances du téléphone par une mise à jour du système d’exploitation. Sa défense ? Cette baisse de performance permettrait d’allonger la vie du smartphone. Cette idée est aberrante pour HOP : si un téléphone n’est plus performant et qu’il devient inutilisable, l’utilisateur est poussé à acheter un nouveau téléphone ! C’est pourquoi nous avons porté plainte.

Vous avez organisé en octobre dernier le colloque « Economie circulaire : vers des produits durables et réparables ». Rappelez-nous le principe de l’économie circulaire.

L’économie circulaire a pour but de concilier économie et environnement pour sortir du schéma linéaire « produire-consommer-jeter », qui mobilise des ressources non renouvelables, de l’énergie, et qui produit énormément de CO2 et de déchets. L’économie circulaire promeut d’une part l’écoconception (robuste, saine, réutilisable et recyclable) des produits et d’autre part les techniques pour faire « durer » les produits le plus longtemps possible. En dernier recours, le recyclage est tout indiqué.

Notre colloque a prouvé que la coconstruction entre citoyens, entreprises et pouvoirs publics permet des solutions innovantes dans des secteurs différents en faveur de la durabilité et la réparabilité des produits, que ce soit dans la mode, l’électronique ou l’immobilier.

En deux mots, que ressort-il de votre récent rapport sur l’obsolescence des lave-linge ?

En 8 ans, les lave-linge ont perdu 3 ans de durée de vie. Il existe d’énormes freins à la réparation qui incitent alors le consommateur à changer d’appareil. HOP a pourtant démontré qu’il pourrait exister des lave-linge robustes et réparables à un coût abordable.

Vous avez lancé, en décembre 2017, le Club de la durabilité, qui regroupe des entreprises engagées dans une démarche de durabilité. Qui sont-elles ?

Les entreprises sont diverses : petites start-up de la réparation et grands groupes se côtoient dans une optique d’intelligence collective pour développer un système économique vertueux reposant sur une offre de biens et de services durables. Au mois d’octobre, un rapport issu des travaux du Club a porté sur la démocratisation de l’offre de produits durables et réparables.

Quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs et lectrices pour les achats de Noël ?

Nous avons lancé en 2018 notre plateforme « Produits durables ». Il s’agit de la référence pour choisir des cadeaux durables grâce à un système de classement des marques ! Elle donne aussi divers conseils pour entretenir, réparer et correctement se séparer de ses produits.

Si vous souhaitez éviter l’achat de produits neufs, nous vous invitons à vous tourner vers les produits d’occasion ou issus du réemploi. Et pourquoi pas offrir des services non matériels (massages, restaurants, spectacles, etc.) ?