Le rendez-vous du mois

Olivier Blanche

Commençons par les origines. Claude Aubert, ingénieur agronome, pionnier de la bio et à l’origine de l’association Nature & Progrès, cofonde l’association Terre vivante et lance la revue Les Quatre Saisons du jardinage en 1980. Le centre écologique Terre vivante ouvre en 1994 à Mens (près de Grenoble). Quel parcours !

Lancer un magazine sur le jardinage bio était particulièrement précurseur en pleines Trente Glorieuses, pendant lesquelles engrais et désherbants chimiques étaient la norme de la « bonne productivité ». Claude Aubert, ainsi que Karin Mundt et cinq autres personnes, se sont lancés dans cette folle aventure qui dure toujours… En 1982, ils commençaient une activité d’édition de livres pour donner davantage d’informations à un public très demandeur et ouvrir sur d’autres champs comme la nourriture saine et la santé au naturel. Aujourd’hui, nous proposons plus de 200 livres et l’association s’est transformée en Scop, société coopérative.

Terre vivante peut se targuer d’être devenu un centre de découverte de l’écologie pratique unique en Europe.

En effet, même si l’idée n’est pas née en France, les fondateurs se sont inspirés d’un écocentre (Centre of Alternative Technology) fondé en 1973 au Pays de Galles. Karine Mundt et Claude Aubert souhaitaient mettre en pratique et en scène tous les préceptes que les livres et Les 4 Saisons développaient dans leurs pages depuis déjà douze ans. Le maire de la commune de Mens était abonné à la revue et portait une vision innovante pour le Trièves (Isère). Cela a facilité les choses pour l’obtention de 50 hectares de forêts que Terre vivante a bonifiés avec le temps.

Si le jardinage bio constitue l’ADN fondateur de Terre vivante, vous n’oubliez pas l’habitat écologique et l’alimentation saine. Comment conciliez-vous tout cela ?

Ces thématiques sont traitées à la fois dans le Centre sous forme d’expositions, d’ateliers ou de stages et dans les livres et la revue. Les expérimentations que les jardiniers réalisent sont une source d’informations pour notre revue et les conseils donnés dans nos livres sont mis en pratique sur place.

Nous n’oublions pas non plus le bien-être et les questions plus sociétales autour de la transition pour aller vers plus d’écologie et d’autonomie. Ces cinq thématiques éditoriales sont les piliers d’une pratique de l’écologie au quotidien, celle que tout à chacun peut pratiquer pour un meilleur respect de l’environnement et de la biodiversité. Que ce soit dans la revue, les livres, ou ce qui est donné à découvrir dans le Centre, ces cinq piliers sont traités régulièrement depuis quatre décennies.

Stages, formations, visites du centre, animations, journées portes ouvertes, la pédagogie et l’information du grand public, c’est important pour vous ?

Au même titre que la découverte. Aujourd’hui, alors que la prise de conscience sur le réchauffement climatique s’est généralisée et fait la une de tous les journaux, cela peut sembler plus trivial, mais pour les solutions concrètes, toujours sur le métier, il faut remettre l’ouvrage. Que ce soit pour nos formations, nos animations, nos livres, notre magazine et notre site Internet, Terre vivante dispose de nombreux supports pour rendre accessibles au plus grand nombre, et pour tous les budgets, les secrets du jardinage bio, de l’alimentation saine et de la construction écologique.

Terre vivante fête ses 40 ans en 2020. Vous avez mis sur pied un vaste programme d’animations qui va durer toute l’année. Allez-vous le maintenir en l’état face à l’épidémie de coronavirus ?

Nous travaillons sur plusieurs scénarii d’adaptation du programme initial.

Notre numéro-anniversaire des 4 Saisons de mars-avril est cependant paru et est disponible dans les kiosques et sur notre site (nous continuons les envois). Nous avons également commencé l’année avec le concours de nouvelles « Crayon, planète et Grelinette », qui a vraiment très bien marché puisque nous avons reçu plus de 300 nouvelles. Les lauréats seront récompensés lors de notre Journée portes ouvertes qui devrait avoir lieu le lundi de Pentecôte (sauf report, en fonction de l’évolution de la situation). Nul doute que lorsque le confinement sera terminé, nous aurons tous soif de retrouver le lien social et de « sortir ». Le Bal de la Pleine Lune, prévu le 4 juillet avec un groupe de rock déjanté, sera plus que bienvenu !

Vous avez repris les rênes de Terre vivante en 2015. De nouveaux projets ?

Après l’ouverture d’un laboratoire de recherche autour du biomimétisme, la création d’une capacité d’hébergements dans le Centre, la nouvelle formule éditoriale des 4 Saisons, la création de nouvelles collections pour l’édition, la mise en place d’un sentier remarquable d’itinérance pédestre, l’autre grand projet d’investissement concerne la refonte du site Internet de Terre vivante. Il doit voir le jour à la fin du printemps.

Il y a 40 ans, notre raison d’être était de produire et diffuser des contenus. C’est ce que nous continuons de faire aujourd’hui, avec le même engagement. Notre projet permanent est de proposer à nos lecteurs et visiteurs des créations qui élargissent encore et toujours la conscience du besoin de changer le monde et, ça, c’est un beau projet !