BILLET

QUATUOR POUR UNE VRAIE BIO

Jean-Pierre Camo

MAI 2019

301

Pour intituler notre dossier du mois, nous nous sommes largement inspirés de l’excellent le slogan « Manger bio et local, c’est l’idéal », du nom des campagnes successives lancées par le réseau Fnab (Fédération nationale d’agriculture biologique), une série d’événements organisés partout en France pour rencontrer les acteurs de l’agriculture biologique près de chez vous.

Rappelons que la bio est indissociable du respect (à ses débuts, Nature & Progrès parlait à juste titre de « santé ») de la terre, de celles et ceux qui la cultivent et, au final, de tous les consommateurs. Mais, depuis la prise de conscience de la fragilité de notre environnement et du réchauffement climatique, elle ne devrait plus faire l’impasse de son bilan carbone. Car la bio s’est mondialisée aujourd’hui. Un fruit, tout bio soit-il, importé hors saison de l’autre bout de la planète, est-il toujours bio ? Sur le papier, hélas, oui (aucun label ne va retirer la mention bio à une tomate qui a parcouru 1 000 km, et donc nécessité une grande consommation de carburant fossile). Et que penser de l’usage de serres chauffées pour produire des fraises ou des tomates en plein hiver (les professionnels de la bio réclament leur interdiction) ? Désormais, la bio authentique se doit de veiller à une « utilisation responsable de l’énergie ».

Voilà, si besoin était, la démonstration, à travers son impact environnemental, qu’une bio authentique ne peut être que locale et de saison. D’où le succès grandissant des circuits courts (aucun – voire un seul – intermédiaire entre producteurs et consommateurs) : marchés, Amap, magasins de producteurs… Majoritairement bio, ces systèmes rapprochent producteurs et consommateurs : les premiers pour expliquer leur travail, rappeler la saisonnalité des productions, faire découvrir ou goûter des variétés anciennes, donner des recettes ; les seconds pour comprendre le lien essentiel entre la ferme et leur assiette.

La vente directe ne se contente pas de (re)créer du lien social, elle permet aussi d’assurer à l’agriculteur (ou éleveur) un revenu décent, gage de pérennité économique de son exploitation. Double avantage : les marges du fermier sont préservées et le prix final est souvent plus intéressant pour le consommateur. Nous parlons ici du commerce équitable Nord/Nord. En effet, le commerce équitable ne se limite pas seulement aux échanges commerciaux Nord/Sud, plus anciens et plus connus, qui garantissent des revenus aux petits producteurs au Sud, généralement écrasés par les multinationales du sucre, du café, du cacao ou des bananes.

Longtemps réduite à un cahier des charges encadrant exclusivement le mode de production des aliments (culture ou élevage), la bio se réinvente aujourd’hui pour rester authentique face aux tentatives de son industrialisation.

Dans leurs nouvelles habitudes, les consommateurs se laissent de moins en moins leurrer et ne veulent plus dissocier biologique, local, de saison et équitable. Ce quatuor vertueux incarnera-t-il la bio de demain ? A nous de le décider…

Jean-Pierre CAMO

Directeur de la publication et romancier

La saga du vinland De Jean-Pierre Camo
La saga du vinlandDe Jean-Pierre Camo, éd. Alphée, 472 p., 2008.

Revivez l’incroyable découverte de l’Amérique vers l’an mil par de valeureux Vikings, personnages hauts en couleurs et souvent méjugés. Fruit de quatre années de recherche, ce roman s’est voulu aussi proche que possible des textes médiévaux tout en adoptant une langue plus moderne. Certainement la plus grande aventure maritime du Xe siècle, comme si vous y étiez…

Diffusé par Biocontact au prix de 23 euros port compris. INFOS ET COMMANDE