BILLET

LE COUT CACHE DE NOS FRINGUES

Jean-Pierre Camo

DéCEMBRE 2017

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Quel vilain mot : l’externalité ! C’est l’impact créé, du fait de son activité, par un agent économique sur autrui. Il peut être positif en procurant un avantage gratuit et sans contrepartie, – on parle plutôt alors d’aménité – ou néfaste quand il génère une nuisance, un dommage sans compensation.

Ainsi, les agents « extérieurs » ne sont ni parties prenantes à la décision, ni nécessairement informés et/ou consultés et ne participent pas à la gestion de ses conséquences du fait qu’ils ne reçoivent (dans le cas d’une externalité positive) ni ne paient (dans le cas d’une externalité négative) aucune compensation.

L’exemple le plus célèbre est celui de l’apiculteur et de l’arboriculteur donné par l’économiste anglais James Meade en 1952. L’apiculteur profite de la proximité de l’arboriculteur (et de ses abeilles butineuses) et obtient un miel de meilleure qualité qu’il pourra vendre à meilleur prix sans avoir à surmonter de coût supplémentaire. L’arboriculteur ne sera pas payé pour le service indirect qu’il a rendu à l’apiculteur mais en contrepartie les abeilles de ce dernier auront pollinisé gratuitement ses arbres fruitiers.

L’agriculture regorge aussi d’exemples d’externalités. Une agriculture durable et respectueuse de l’environnement permet, selon les cas, de stocker le carbone, filtrer et économiser l’eau, favoriser la pollinisation, préserver la biodiversité, entretenir la beauté de nos paysages, produire des aliments sains, promouvoir le bien-être animal, créer du lien social. Au contraire, l’agriculture conventionnelle, toujours selon les cas et sans vouloir généraliser, peut réduire la biodiversité, polluer l’air, les sols et les eaux, épuiser les ressources non renouvelables, émettre des gaz à effet de serre, nuire à la santé de la faune et de la flore mais aussi des agriculteurs, et au final des consommateurs…

Dans le cas d’une externalité positive, les « agents extérieurs », c’est-à-dire nous tous, bénéficient d’un service gratuit, tant il nous paraît normal de vivre dans un environnement sain. A contrario, nous subissons les conséquences de choix économiques non plus tournés vers le bien commun à long terme mais vers le profit à court terme d’une poignée d’agents économiques.

Je l’évoquais plus haut, les conséquences des externalités négatives ne sont pas pécuniaires. Non, nous ne payons pas le juste prix des produits qui nous semblent bon marché. Car ils cachent des coûts sociaux et environnementaux phénoménaux engendrés, par exemple, par les industries peu regardantes sur la santé des petites mains qui ont fabriqué nos T-shirts à l’autre bout de la planète, et polluantes de surcroît. Ces coûts, bien qu’indolores de notre point de vue de consommateurs, n’en sont pas moins réels. Ne nous leurrons pas : nous le paierons, d’une manière ou d’une autre, et collectivement. L’industrie textile et ses travers illustre jusqu’à la caricature le coût caché de ses externalités négatives. Heureusement commencent à émerger çà et là des initiatives alternatives de bon sens. A découvrir dans notre dossier du mois.

Jean-Pierre CAMO

Directeur de la publication et romancier

La saga du vinland De Jean-Pierre Camo
La saga du vinlandDe Jean-Pierre Camo, éd. Alphée, 472 p., 2008.

Revivez l’incroyable découverte de l’Amérique vers l’an mil par de valeureux Vikings, personnages hauts en couleurs et souvent méjugés. Fruit de quatre années de recherche, ce roman s’est voulu aussi proche que possible des textes médiévaux tout en adoptant une langue plus moderne. Certainement la plus grande aventure maritime du Xe siècle, comme si vous y étiez…

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