BILLET

LA PERMACULTURE SANS LE SAVOIR ?

Jean-Pierre Camo

MARS 2018

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Qui ne connaît la célèbre réplique de M. Jourdain, dans la pièce Le Bourgeois gentilhomme, de Molière, par laquelle il s’étonnait de « faire de la prose à tout moment sans le savoir » ? Car comment ne pas établir aujourd’hui le lien avec la permaculture et vous, chères lectrices et chers lecteurs, qui avez mis en pratique, certes à différents degrés et probablement à votre insu, cette philosophie venue d’Australie ? Encore trop mal connue, la permaculture est souvent réduite à une méthode de jardinage naturelle. Ce qu’elle est, mais pas que, loin de là. Ses fondateurs, Bill Mollison et David Holmgren, assoient leur méthode sur deux piliers fondateurs et indissociables : l’éthique de la terre et l’éthique de l’humain. Commençons par la plus aisée à comprendre : l’éthique de la terre. Il s’agit de consommer bio et/ou naturel (alimentation, matériaux de construction, vêtements, tous produits de consommation courante) en circuit court, dans le respect de l’environnement. De recycler, de ne pas polluer, de préserver, voire de favoriser, la biodiversité végétale et animale, d’épargner les ressources naturelles. Mais aussi, dans la mesure du possible, de tendre vers une plus grande autonomie en cultivant son jardin, en privilégiant les énergies renouvelables, en prenant sa santé en main grâce aux remèdes et médecines naturels… Je suis sûr que vous cochez déjà un grand nombre de ces items. Bravo à vous. Passons à l’éthique de l’humain. La permaculture vient nous rappeler que nous sommes, nous aussi, partie intégrante de la nature. Que nous ne sommes pas distincts de notre environnement. Lui faire du bien (ou du mal), c’est aussi nous faire du bien (ou du mal). Et vice versa. Ici, Bill Mollison s’est inspiré de la vision taoïste du Japonais Masanobu Fukuoka, pionnier de l’agriculture naturelle, une vision du Tout. Nous dirions aujourd’hui « holistique » (du grec holos, entier). Bien entendu, cette éthique de l’humain peut et doit s’étendre à la société tout entière. Bill Mollison nous invite à observer la nature et à lui faire confiance. S’il est vrai que toute intervention humaine introduit un changement dans cette harmonie, l’idée est d’en minimiser ses effets et de s’émerveiller de l’immense capacité de résilience de la nature, qui sait toujours retrouver un équilibre. Une belle occasion d’apprendre. Et de comprendre que toute intervention brutale sera néfaste pour l’écosystème complexe formé par la terre, les plantes, les animaux, les humains et la société tout entière. Ses maîtres mots : durabilité, résilience, abondance, juste besoin, attention. Pourtant, il serait vain d’ériger tous ces principes en règles rigides, elles conduiraient fatalement à un dévoiement de la permaculture. Il est bon ici de placer un autre maître mot : la simplicité. Peu importe le chemin emprunté, seule compte la direction : l’harmonie. Et quel meilleur endroit que le jardin pour que l’humain se relie à la nature ? Quel meilleur poste d’observation pour se fondre en symbiose avec son environnement proche ? Voir grandir les légumes que nous avons cultivés, n’est-ce pas, quelque part, grandir soi-même ?

Jean-Pierre CAMO

Directeur de la publication et romancier

La saga du vinland De Jean-Pierre Camo
La saga du vinlandDe Jean-Pierre Camo, éd. Alphée, 472 p., 2008.

Revivez l’incroyable découverte de l’Amérique vers l’an mil par de valeureux Vikings, personnages hauts en couleurs et souvent méjugés. Fruit de quatre années de recherche, ce roman s’est voulu aussi proche que possible des textes médiévaux tout en adoptant une langue plus moderne. Certainement la plus grande aventure maritime du Xe siècle, comme si vous y étiez…

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