BILLET

IRMA ET DONALD

Jean-Pierre Camo

OCTOBRE 2017

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Deux phénomènes. Le premier est climatique, le second climatosceptique. La tentation est grande de lier la fréquence des ouragans, terrifiants monstres d’eau et de vent, au réchauffement climatique. Qu’on les appelle cyclones quand ils se forment dans l’océan Indien, typhons en Asie ou encore ouragans en Amérique équatoriale, ils procèdent tous d’une même cause : une eau de surface des océans portée à une température supérieure à 26 degrés qui, par évaporation, crée une gigantesque colonne d’aspiration de vapeur d’eau qui vrille et s’autoalimente avec la puissance que l’on sait. En effet, les modèles climatiques ne permettent pas d’établir une relation de cause à effet entre réchauffement climatique et fréquences des ouragans, même si l’hypothèse n’est pas exclue. D’autres facteurs, plus complexes, entrent en jeu, et de plus nous manquons de recul puisque les premières mesures satellitaires datent de 1970 seulement. Si, dans son cinquième rapport (2014), le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) (1) table sur une baisse de la fréquence des cyclones tropicaux, il estime néanmoins que le réchauffement climatique va désormais engendrer des cyclones de plus en plus puissants : vents plus violents, précipitations plus fortes. Pas réjouissant ! En effet, une température de surface de l’océan plus élevée n’induit pas forcément la formation de cyclones. Mais un cyclone déjà bien formé puisera bien plus d’énergie dans une atmosphère humidifiée au-dessus d’océans réchauffés : les cyclones se nourrissent du cocktail chaleur + humidité : c’est leur carburant. Irma en est la tragique illustration : jamais il n’avait été observé un ouragan entretenant des vents à plus de 300 km/h pendant plus d’une journée. Né près des îles du Cap-Vert, Irma se distingue par une autre particularité : il a traversé tout l’océan Atlantique d’est en ouest (7 000 km), tout en se renforçant. Le premier d’une longue série ? L’on sait donc aujourd’hui que la hausse des températures des océans donnera naissance à des phénomènes cycloniques, certes plus rares, mais plus dévastateurs. Et que la hausse de la température des océans résulte sans aucun doute possible de l’action de l’homme. Faudra-t-il des catastrophes plus meurtrières, d’autres petites îles tropicales rasées, des millions de personnes déplacées à la hâte pour convaincre le président de la première puissance mondiale de l’urgence de la situation ? Par quel aveuglement court-termiste ose-t-il moquer et piétiner les louables (même s’ils sont bien sûr insuffisants) objectifs de l’accord de Paris sur le climat ? Par quel naïf et incompréhensible égoïsme croit-il que son pays n’appartient pas à la même planète ? S’il savait que le GIEC prédit que les cyclones du XXIe siècle remonteront inexorablement vers le nord, il se serait inquiété qu’un jour New York puisse être dévasté par un ouragan d’une force inégalée. La Trump Tower n’y résisterait certainement pas. Ni la Trump Arrogance. 1. http://leclimatchange.fr.

Jean-Pierre CAMO

Directeur de la publication et romancier

La saga du vinland De Jean-Pierre Camo
La saga du vinlandDe Jean-Pierre Camo, éd. Alphée, 472 p., 2008.

Revivez l’incroyable découverte de l’Amérique vers l’an mil par de valeureux Vikings, personnages hauts en couleurs et souvent méjugés. Fruit de quatre années de recherche, ce roman s’est voulu aussi proche que possible des textes médiévaux tout en adoptant une langue plus moderne. Certainement la plus grande aventure maritime du Xe siècle, comme si vous y étiez…

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