Le rendez-vous du mois

Karine Jacquemart

Foodwatch se veut un contre-pouvoir citoyen et se bat pour une alimentation sans risques et abordable pour tous et toutes. Avec quels outils, avec quelle expertise ?

A travers ses actions de lanceur d’alerte et de mobilisation, Foodwatch fait la lumière sur les pratiques de l’industrie alimentaire afin qu’elles changent et que les autorités publiques fassent véritablement respecter nos droits. Nous menons des enquêtes et exposons les responsables pour qu’ils rendent des comptes. Nous n’hésitons pas à porter plainte : avec une vingtaine de familles dans l’affaire Lactalis du lait contaminé à la salmonelle ou encore à l’encontre du site biologiquement.com qui vend des produits en prétendant qu’ils guérissent le cancer !

Aujourd’hui, plus de 173 000 personnes sont abonnées à notre newsletter ; nombre d’entre elles signent nos pétitions, interpellent les marques sur les réseaux sociaux et nous soutiennent financièrement car nous sommes totalement indépendants et refusons toute aide publique.

On croit détenir le pouvoir sur le contenu de notre assiette mais ce n’est pas aussi simple que cela. Ainsi un aliment en apparence sain n’est parfois pas aussi inoffensif qu’il n’y paraît. Un exemple : cette poêlée de légumes Bonduelle La Parisienne, qui contient du nitrite de sodium (E250) et des diphosphates (E450), des additifs qui ne sont pas interdits mais controversés pour la santé. Bonduelle a promis de changer la recette : on les tient à l’œil.

Votre ONG s’est largement fait connaître pour dénoncer les nombreux scandales alimentaires : dioxyde de titane (nanoparticules), viande de cheval dans les lasagnes, glyphosate et dernièrement faux steaks hachés… Vaste chantier…

Chaque fois que nous nous attaquons à un sujet, nous le documentons, vérifions rigoureusement les réglementations qui s’appliquent (ou sont parfois inexistantes), interrogeons les experts, interpellons les fabricants et les responsables politiques. Personne ne peut nous accuser de jouer sur les peurs car nous nous basons sur les faits et proposons toujours des solutions. Les marques entendent de plus en plus les revendications des consommateurs et de Foodwatch en tant que contre-pouvoir citoyen. Par exemple, suite à la pression de Foodwatch notamment, Nestlé a enfin décidé d’adopter le logo nutritionnel Nutri-score sur ses produits après l’avoir refusé pendant des années.

Votre campagne « Arnaques sur l’étiquette » alerte les pouvoirs publics sur les fausses allégations affichées sur les emballages (des yaourts aux fruits sans fruits par exemple). Le dossier a-t-il avancé ?

Nous traquons les pratiques malhonnêtes sur les étiquettes : huile de palme dans un produit soi-disant traditionnel comme des Krisprolls, allégations santé sur une tisane détox qui relèvent de l’intox, dérivés d’animaux cachés dans l’Orangina, produits « made in France » sans aucun ingrédient français, etc. Le dossier avance quand nous lançons des pétitions. La mobilisation et la pression médiatique poussent les marques à faire marche arrière : Danone promettait des fruits sur l’emballage de Danonino mais il n’y en avait pas. Elle a fini par ajouter des fruits. Les consommateurs nous envoient de plus en plus d’exemples d’arnaques sur l’étiquette, notamment par le biais de notre plateforme foodwatchers.fr. Ensemble, nous contraignons les marques à changer.

Foodwatch, c’est aussi une structure de dimension européenne. Comment cela s’articule-t-il ?

Foodwatch a été fondée en 2002 en Allemagne par Thilo Bode en réaction au scandale de la vache folle. Foodwatch est également présente aux Pays-Bas depuis 2009 et active en France depuis 2013. Nous sommes une seule organisation européenne, avec des objectifs communs pour mieux protéger les consommateurs dans toute l’Europe.

Vous êtes particulièrement en pointe contre le CETA, l’accord de libre-échange entre l’Europe et la Canada. En quoi consiste-t-il et quels sont les enjeux pour la santé des citoyens ?

Le Canada n’est pas le pays inoffensif de notre imaginaire collectif. Le CETA est dangereux car il menace les droits sociaux, la santé, l’alimentation, l’agriculture et la protection de la planète. Ces risques pèsent concrètement sur la marge de manœuvre des responsables politiques, tant au niveau national qu’européen, à pouvoir prendre librement des décisions d’intérêt général, comme l’interdiction du glyphosate ou d’un additif controversé pour la santé, tandis que de nouveaux droits sont octroyés aux multinationales. L’Assemblée nationale a donné son feu vert à la loi de ratification du CETA en juillet mais elle doit maintenant passer au Sénat. Nous poursuivons donc notre mobilisation avec les citoyens pour y faire barrage.

Avec d’autres personnalités, vous avez été fichée nommément par Monsanto (ce qui est illégal) pour votre positionnement par rapport aux OGM. Où en est la plainte que Foodwatch a déposée ?

Nous avons découvert que chacune des personnalités du « fichier Monsanto » y était classée en fonction de sa crédibilité, son influence et niveau de soutien à Monsanto. Elles étaient évaluées sur six thématiques (agriculture, environnement, nutrition, OGM, pesticides et santé). Nous avons porté plainte en mai dernier. Il faut maintenant laisser à la justice le temps de faire son travail.