Protection de la montagne, biodiversité, tourisme responsable : Fiona Mille livre sa vision d'un avenir durable en altitude.
Habitante du massif de Belledonne et gérante d’un gîte d’étape, Fiona Mille est bénévole et présidente de l’association Mountain Wilderness France depuis 2021. Elle œuvre à faire cohabiter les enjeux de préservation des écosystèmes montagnards et la vie à l’année dans ces territoires, sur l’ensemble des massifs français.
Le mouvement Mountain Wilderness International a vu le jour en 1987 à Biella, en Italie. Son objectif initial reste-t-il inchangé aujourd’hui ?
L’association a été fondée par des alpinistes de différents pays pour préserver les territoires d’altitude, leur beauté, et les expériences uniques que nous pouvons vivre là-haut. Aujourd’hui, Mountain Wilderness cherche à concilier la préservation des écosystèmes naturels de montagne avec une montagne à vivre à l’année. Comment habiter et pratiquer la montagne en tenant compte du fait que nous, humains, ne sommes pas les seuls habitants ?
Dans une interview accordée à Montagne Magazine, vous évoquez votre engagement pour la protection de la montagne comme un « élan ». Comment se traduit-il concrètement dans vos combats ?
J’ai la chance de vivre dans un hameau à 1 150 m d’altitude et d’être frappée par la beauté des montagnes chaque matin. Cela me donne énormément de force. S’engager pour nos montagnes, c’est aussi s’engager pour préserver la beauté du monde, sa poésie. Quand le monde « d’en bas » m’exaspère, je me régénère « là-haut ». La beauté est mon élan.
Actuellement, Mountain Wilderness France met en avant les impacts qu’auraient les Jeux olympiques d’hiver 2030 dans les Alpes et dénonce l’absence de consultation citoyenne autour de ce projet…
Les effets du changement climatique sur l’économie du ski sont indéniables. Sans recours à la neige de culture, plus de 90 % des stations de ski françaises et européennes sont menacées de disparition avec un réchauffement de 3 °C d’ici la fin du siècle. Dans ce contexte, est-il bien sérieux de célébrer les sports d’hiver ?
Dans votre ouvrage Réinventons la montagne, aux éditions du Faubourg, vous parlez d’un « autre imaginaire » pour la montagne. Quels types de paysages, d’activités, de modes de vie aimeriez-vous voir émerger ?
Les montagnes peuvent être profondément inspirantes sur de nouvelles manières d’habiter la Terre, puisqu’elles nous apprennent à vivre en lien avec les éléments naturels. Là-haut, on compose toujours avec le milieu.
Je considère que c’est à chaque territoire de montagne de penser et définir son devenir. Il n’y a pas de recette magique pour la transition des territoires de montagne. Je vois néanmoins deux ingrédients essentiels : travailler collectivement sur une vision lucide et désirable pour chacun de nos territoires et toujours questionner notre relation à la montagne.
Durant l’été, certains sommets et vallées sont soumis à une affluence excessive, et de nombreux néo-randonneurs adoptent des comportements inappropriés. Quelles sont vos recommandations ?
Au gîte d’étape et au restaurant, j’accueille chaque week-end des personnes qui viennent pour la première fois en montagne. Les réseaux sociaux leur ont donné envie de découvrir les lacs de Belledonne. L’accueil humain est fondamental si on souhaite partager l’incroyable beauté et la fragilité de nos territoires, permettre de belles expériences et éviter des impacts néfastes (tentes et déchets abandonnés, mise en danger liée à un matériel inadapté ou à une connaissance insuffisante du milieu, conflits avec les acteurs des pentes comme les bergers ou gardiens…). Il s’agit de faire prendre conscience que, lorsque la route s’arrête et que le sentier démarre, nous entrons dans un autre monde. Visiteurs de quelques heures ou de quelques jours, apprenons à laisser le moins de traces possible.



