Président de l’association des Mutuelles pour la santé planétaire et de La Mutuelle Familiale, Martin Rieussec-Fournier est aussi auteur de plusieurs ouvrages – son dernier, Santé planétaire, le temps des solutions mutualistes, aux éditions Les Liens qui Libèrent.
Vous vous êtes engagé très tôt sur les questions de santé et d’environnement, notamment en ce qui concerne les pesticides et l’amiante…
C’est le film Une vérité qui dérange, sorti en 2006, qui a déclenché mon intérêt et mon engagement pour la santé environnementale. J’étais alors étudiant et un collègue est décédé d’un cancer. Nous avons, avec des amis, mené une enquête et identifié les pesticides comme étant une des causes possibles de cancer. En 2022, j’ai pris la mesure des points communs entre l’empoisonnement à l’amiante et celui aux pesticides à l’occasion de la rédaction du livre Secrets toxiques.
Selon vous, de quelle manière les mutuelles peuvent-elles contribuer plus efficacement à la défense d’une santé publique et environnementale durable ?
Il est d’abord utile de rappeler que c’est au cœur de la mission des mutuelles d’agir en prévention. Voici un extrait à ce sujet d’un discours d’Ambroise Croizat : « La mutualité a sa place marquée dans l’organisation française de la Sécurité sociale. Elle doit être l’élément moteur, l’élément qui prend les initiatives nouvelles et réalise les expériences, qui va de l’avant. » Les mutuelles peuvent agir pour améliorer la santé publique par différents leviers : faire des placements financiers dans les filières agricoles bonnes pour la santé, informer leurs membres des bienfaits du bio et demander aux responsables politiques d’agir pour organiser une sortie des pesticides.
Racontez-nous L’Odyssée pour la santé, ce projet militant que vous défendez.
Il s’agit d’un tour d’Europe à vélo organisé sur la période de 2025 à 2027 pour dire au revoir aux pesticides et bonjour aux solutions. Nous avons déjà fait 800 km et 14 étapes en Belgique et France. Les mutuelles engagées dans cette Odyssée en 2025 protègent 14 millions de Belges et de Français.
Vous êtes un des principaux signataires du serment de Cambrai, un engagement pris par une vingtaine de mutuelles et diverses organisations. Que dit ce serment ?
Le message clé du serment est que des acteurs français, belges et européens de la santé publique, de l’agriculture biologique et de l’environnement se sont engagés à unir leurs forces pour ouvrir un nouveau chapitre de la santé publique grâce à une alimentation et une agriculture sans pesticides de synthèse.
Le serment promet aussi de soutenir le lancement d’un projet d’usine à sucre 100 % bio, issu de betteraves sans pesticides. Du sucre bio, brut, local… Une grande première ?
Oui ! C’est un magnifique projet, bon pour la santé des agriculteurs, bon pour la santé publique et planétaire. Il démontre que faire des betteraves sans pesticides, c’est possible. La betterave est une culture historique des Hauts-de-France et un moteur économique pour la région. Mais, en bio, les groupes industriels préfèrent importer du sucre de canne d’Amérique latine. Sans débouchés, impossible pour les agriculteurs de se convertir, dans un territoire déjà très en retard (seulement 6,1 % des fermes sont en bio). Face à ce constat, des producteurs bio des Hauts-de-France ont décidé d’agir. Avec le soutien de nombreux partenaires, ils construisent la fABrique à sucres : une micro-sucrerie pensée pour répondre aux enjeux de la transition agroalimentaire. De nombreuses mutuelles sont intéressées pour soutenir financièrement ce projet.










