À 34 ans, Louis Pinot a pris la tête du Synabio, le syndicat des entreprises bio agroalimentaires, succédant à Charles Pernin. Entrepreneur engagé, il a cofondé la Convention des entreprises pour le climat (CEC), mobilisant des entreprises face à l’urgence climatique. Son rôle au Synabio est d’accompagner les entreprises de la bio et de soutenir la filière dans ses enjeux de transition : défendre un cadre réglementaire cohérent, promouvoir la bio dans le débat public, renforcer les dynamiques collectives et aider les adhérents à progresser sur la qualité, la durabilité et la cohérence du modèle bio.
Le Synabio affirme vouloir « construire une bio cohérente, exigeante et durable » via ses adhérents : comment ces valeurs se traduisent-elles concrètement dans ses actions ?
Depuis toujours, la bio progresse grâce à l’amélioration continue et à l’innovation. C’est exactement dans cet esprit que travaille le Synabio : construire une bio fidèle à ses fondamentaux, engagée écologiquement et socialement, tout en encourageant les entreprises à aller au-delà du minimum réglementaire.
Concrètement, cela se traduit par plusieurs actions :
- un travail actif dans les instances publiques : nous intervenons auprès du ministère de l’Agriculture, de la Commission européenne, et collaborons avec IFOAM Europe pour garantir que la réglementation européenne reste fidèle aux fondements de la bio (OGM, importations…) ;
- des groupes de travail mobilisés sur les enjeux clés, par exemple autour de la naturalité, un sujet central dans les débats actuels sur l’ultratransformation. Ces travaux nous permettent d’objectiver les pratiques et de défendre une bio alignée avec les attentes des consommateurs ;
- une forte exigence éthique : transparence vis-à-vis du consommateur, clarté sur les ingrédients, loyauté des pratiques commerciales, relations équilibrées avec les producteurs, engagements durables dans les filières… Nous défendons une bio lisible, sincère et assumée.
Sur le volet RSE, notre ambition se traduit aussi par un accompagnement opérationnel : référentiel BioED, fiches pratiques, guides, formations, outils méthodologiques… L’objectif est d’aider chaque entreprise, quel que soit son niveau de maturité, à passer de l’intention à l’action.
Au fond, notre rôle est d’être à la fois un appui et un moteur : garantir la cohérence de la bio, maintenir un haut niveau d’exigence et accompagner les entreprises dans un engagement durable. C’est la dynamique collective qui fait avancer la filière.
Justement, le label BioED, label RSE, a été créé par le Synabio, et élargi avec Cosmébio. Quel retour d’expérience avez-vous depuis ?
Le label BioED a été créé par le Synabio en 2014 pour accompagner les entreprises de transformation agroalimentaire bio dans l’évaluation et la structuration de leurs démarches RSE. Fort de cette première expérience, il a été élargi en 2022 aux acteurs de la cosmétique bio, puis en 2025 aux points de vente spécialisés, avec l’ambition d’offrir un cadre commun, exigeant et adapté à l’ensemble de la filière.
Aujourd’hui, le label compte 79 entreprises labellisées, dont 9 points de vente. Nous constatons une dynamique positive : le nombre de labellisés est en hausse, soutenu à la fois par la reprise de croissance du marché bio et par l’augmentation des exigences RSE exprimées par les parties prenantes.
Les principaux défis pour la montée en puissance du label résident désormais dans le renforcement de sa notoriété et de sa reconnaissance, tant auprès des acteurs économiques, notamment les donneurs d’ordre, qu’auprès des pouvoirs publics. L’enjeu est de poursuivre le travail d’information, de pédagogie et d’alignement avec les attentes réglementaires et sectorielles pour faire du label BioED un véritable repère de confiance, lisible et reconnu dans toute la filière bio et au-delà !
En tant que syndicat, vous êtes également actif dans le plaidoyer. Quelle est votre stratégie actuelle pour influencer les politiques publiques autour de la bio, notamment dans la stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) ?
Notre stratégie vise à faire reconnaître la bio comme un levier central de santé publique, de souveraineté alimentaire et de transition écologique. Elle contribue à une alimentation plus saine, réduit l’exposition aux pesticides et s’appuie sur des filières fortement ancrées dans les territoires, avec 83 % de matières premières d’origine française.
Nous défendons trois priorités :
- faire de la bio une priorité de santé publique : positionner le bio comme référence de qualité alimentaire dans les politiques nutritionnelles et de prévention, garantir un affichage environnemental valorisant ses bénéfices et préserver un cadre réglementaire exigeant pour la transformation biologique ;
- fixer un cadre économique et commercial favorable pour les PME bio : développer une fiscalité positive de la bio, sécuriser la répartition de la valeur dans les filières, soutenir l’investissement et mieux encadrer les négociations commerciales ;
- relancer durablement la consommation bio : appliquer l’objectif de 20 % de bio en restauration collective et commerciale, renforcer la communication publique autour du label AB, engager la grande distribution dans une trajectoire d’augmentation de l’offre bio et soutenir l’accessibilité pour tous afin d’atteindre 12 % de consommation bio d’ici 2030, objectif déjà inscrit dans les travaux de la SNANC.
Notre plaidoyer est clair : remettre la bio au cœur des politiques publiques, comme une réponse concrète aux enjeux de santé, de souveraineté et de transition alimentaire.
Vous accompagnez des « jeunes pousses bio » via des programmes dédiés. Quels sont les secteurs les plus prometteurs parmi ces startups bio ?
Notre programme « Coup de pousse » est conçu pour accélérer la visibilité, les compétences et le développement des entreprises bio émergentes.
Parmi les secteurs les plus dynamiques, plusieurs tendances fortes se détachent : les boissons fermentées, dont la croissance est spectaculaire depuis trois ans ; le marché du kombucha en GMS, est passé de 2 millions à plus de 14 millions d’euros ; celui du kéfir (lait fermenté), est passé de 2 millions à plus de 10 millions d’euros.
L’accélération massive du végétal : + 13,8 % de volumes pour les boissons végétales au 1er semestre vs N-1 ; + 18,6 % pour les substituts végétaux traiteur libre-service vs N-1.
Ces tendances montrent une appétence croissante pour des produits naturels, fermentés, moins transformés, ainsi que pour les alternatives végétales : des terrains particulièrement fertiles pour l’innovation bio.










