Le rendez-vous du mois

Guillaume Cromer

Guillaume Cromer, c’est quoi un tourisme durable ?

Un tourisme durable, c’est assez simple. C’est comment réussir à intégrer les enjeux de développement durable dans le secteur du tourisme. Donc, c’est à la fois un tourisme écologique (bas carbone, respectueux de l’environnement), solidaire, inclusif, social, etc.

 

Y aura-t-il un tourisme à bannir à l’avenir ? Le tourisme de masse ?

Je ne suis pas certain que l’on devra ou pourra bannir le tourisme de masse. C’est une question de gestion des flux touristiques et d’acceptabilité sociale et environnementale de la destination qui accueille, sur un territoire donné. Par exemple, 50 000 touristes, ce n’est rien pour Paris mais c’est ingérable pour l’Antarctique… Dans l’avenir, il faudra surtout arrêter les formes de tourisme destructrices pour l’environnement et les êtres humains, comme les croisières en paquebot, le « volontourisme » impliquant des enfants, les tours du monde en avion, etc. Toutes les formes de tourisme devront respecter des objectifs ambitieux en matière de développement durable. Sinon, ce ne sera pas accepté, socialement et écologiquement.

 

L’offre des professionnels du tourisme est-elle en phase avec les attentes des particuliers aujourd’hui ?

Les professionnels du tourisme répondent aux besoins et attentes des consommateurs. Donc, les offres touristiques changent avec l’évolution positive de la consommation responsable des Français. Mais on observe encore un vrai manque de compréhension des enjeux sociaux et environnementaux de la part des consommateurs sur les questions du voyage et de son impact ; il est difficile pour les touristes de faire des efforts en matière de voyage car on touche à leur confort direct ! C’est pourquoi un vol low cost à moins de 50 euros pour aller en Europe, qui est pourtant une hérésie environnementale, trouve toujours très bien sa clientèle ; les prix ne sont pas assez élevés pour dissuader les gens de profiter de ces offres. Pour que les mentalités changent sur ce point, il faudra jouer sur le législatif et imposer ces changements.

 

L’écotaxe sur les transports, notamment l’avion : une fausse bonne idée ?

L’idée n’est pas mauvaise au départ. Il faut bien réguler les entreprises qui ne respectent pas les engagements pris sur les enjeux climatiques. Après, à quoi pourrait servir ce budget supplémentaire ? Si c’est pour rentrer dans le budget général de l’Etat, ce n’est pas cohérent. Si ça participe réellement à l’adaptation de nos territoires face aux impacts du changement climatique, à la transition écologique des entreprises et des territoires, là, ça devient intéressant !

 

Pour quoi milite l’association ATD que vous présidez, au final ?

Nous pensons juste que le tourisme, tel qu’on l’a développé ou pratiqué, arrive à bout de souffle et qu’il faut penser largement sa transition. L’objectif pour nous est donc de pousser le secteur à changer. Pour cela, on va faire remonter les bonnes pratiques de nos membres. On va les partager, on va se voir pour échanger, travailler, imaginer ce futur. Et, bien sûr, on va mettre la pression sur les décideurs, élus et grandes entreprises pour faire avancer ce sujet dans le concret ! Et surtout, on pense que la France a le devoir, en tant que leader du tourisme mondial, de montrer la voie du tourisme de demain. Et cette voie, c’est celle du tourisme durable !

 

A quoi ressemblera le tourisme de demain ?

A un tourisme bas carbone, de proximité et de liens. On devra se poser les bonnes questions quand on décidera de partir loin pour un voyage fortement carboné. Ce sera toujours plus simple pour les plus aisés mais les formes majoritaires de voyage seront à proximité, plus lentes, en train et pour se nourrir intellectuellement par des rencontres et par de la beauté.

 

Innovation numérique dans le tourisme et data centers énergivores : est-ce bien durable ?

C’est une bonne question. Etant donné que le tourisme lointain sera de l’ordre de l’exceptionnel, il est possible que des formes actuelles de loisirs autour du gaming tendent vers des voyages virtuels. Bien entendu, la question de l’écologie numérique sera au premier plan. Mais, à moyen terme, il sera peut-être plus simple de décarboner un data center que des avions. Malheureusement, même immersifs, ces moments ne remplaceront pas la vraie rencontre.

 

Vous délivrez des Palmes du tourisme durable : de quoi s’agit-il ?

Chaque année, nous remettons des prix aux acteurs qui proposent les meilleures bonnes pratiques dans leur domaine. Un jury d’experts valide la qualité de ces bonnes idées qui doivent être impactantes, duplicables et innovantes. Cette année, nous avons été accueillis au sein du Quai d’Orsay avec deux secrétaires d’Etat, Jean-Baptiste Lemoyne sur le tourisme et Emmanuelle Wargon sur la transition écologique. Une belle occasion pour nous de les inciter à aller encore plus vite et plus fort sur le sujet.

 

Quels conseils donner à nos lecteurs qui souhaitent allier plaisir du voyage et conscience écologique pour leur prochain séjour ?

Je dis souvent qu’il faut se donner des contraintes pour se permettre de changer notre imaginaire de « l’ailleurs ». En décidant de faire un voyage bas carbone, c’est un superbe imaginaire qui se met en place pour construire un beau voyage, partir à proximité, plus lentement, à la rencontre d’acteurs du changement et créer du lien