BILLET

SOUS LE SOLEIL EXACTEMENT

Lisa PUJOL

JUILLET-AOûT

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L’été est là ! Températures élevées, apport maximal d’énergie solaire, grandes vacances… et ouverture de la saison des bronzages. Apparaissent alors ici et là des corps allongés en maillot de bain, se relaxant seuls, en famille ou entre amis, s’offrant un repos bien mérité après une année laborieuse. Si l’idée qu’il est normal de prendre du temps pour bronzer est généralement acceptée, il s’agit en réalité d’une habitude et d’une mode, imprudente, relativement récente.

Aujourd’hui, dans les pays occidentaux, règne l’impression que peau bronzée signifie jolie peau… mais cela n’a pas toujours été le cas. Pendant des siècles, la peau laiteuse s’imposait pour distinguer les élites du reste de la population ; la peau bronzée, mordue par le soleil, était réservée à ceux qui travaillait dehors, dans les champs. Dans les années 30, avec l’arrivée des congés payés et l’avènement de la société de loisir, notre rapport au soleil va changer. La prescription des bains de lumière par les hygiénistes, la mode Coco Chanel et la publicité sont autant de facteurs qui expliquent ce phénomène de basculement, jusqu’à l’extrême avec le succès des cabines UV.

Dans de nombreux pays d’Asie, la peau claire symbolise réussite et beauté. Nombreux sont prêts à d’immenses sacrifices en utilisant crèmes blanchissantes et autres produits éclaircissants qui peuvent présenter une menace sérieuse pour la santé tandis que l’industrie cosmétique se frotte les mains. Pendant que, en France, la peau blanche renvoie souvent à l’idée de « maladie » et que les rayons fleurissent de sérums autobronzants, accélérateurs de bronzage et autres lotions pour préparer sa peau au soleil.

Pourtant, on sait que le bronzage obtenu par expositions répétées et prolongées est dangereux pour la santé à court (coups de soleil, allergies) et long termes (vieillissement de la peau, cancer, mélanome). Lunette et crème solaires (encore faut-il bien lire les étiquettes pour éviter les composés indésirables !) sont nécessaires mais pas suffisantes et malgré les campagnes d’information et de prévention, les tendances se modifient peu. Pourquoi ?

La peau nous relie aux autres. On y expose son histoire de vie (cicatrices, identité, origine sociale, temps qui passe…), sa réussite sociale (être bronzé signifie que l’on a pu partir en vacances, que l’on a eu assez de loisirs). Et surtout, par la peau, nous accédons aux normes de beauté, ou plutôt à la représentation de la beauté dictée par la société. Car le succès, d’après les messages publicitaires, appartient en grande partie à ceux qui sont jeunes, beaux et bronzés.

Et les personnes les plus touchées sont sans surprise les femmes. Depuis leur jeunesse, elles grandissent avec des standards de beauté stricts issus d’une longue histoire patriarcale et d’un contrôle social soutenu par les médias qui leur ont appris qu’elles seront jugées majoritairement sur leur apparence physique, donc leur corps.

Finalement, les campagnes de prévention les plus efficaces sur le bronzage ne seraient-elles pas plutôt celles qui feraient prendre conscience du besoin de se libérer des diktats sociaux ? Certes, la route a été empruntée, mais demeure longue encore…