BILLET

DES MILLIONS POUR LA BIO

Jean-Pierre Camo

10/2020

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Pour faire redémarrer l’économie française touchée de plein fouet par la crise sanitaire, le gouvernement a dévoilé le 3 septembre dernier son plan de relance, d’un montant de 100 milliards d’euros sur deux ans. Les 70 mesures se déclinent autour de trois volets :
- 35 milliards pour la compétitivité ;
- 35 milliards pour la cohésion sociale et territoriale ;
- et enfin 30 milliards pour la transition énergétique, un volet qui inclut l’agriculture et la transition agroécologique, à hauteur de 1,2 milliard.

Cette dernière mesure se décline selon cinq axes :
- développer une alimentation saine, sûre, durable, de qualité et locale dans les cantines scolaires des petites communes ;
- structurer les filières locales, notamment au travers des projets alimentaires territoriaux ;
- accélérer la structuration et le développement de filières performantes permettant de répondre aux attentes sociétales et d’assurer une meilleure rémunération du producteur ;
- promouvoir et accompagner la performance environnementale ;
- faire de l’agroécologie l’un des leviers du renouvellement des générations et de l’emploi dans les secteurs agricole et alimentaire.

Comment seront alloués ces 1,2 milliard ?
- 360 millions pour la souveraineté alimentaire : un « plan protéines » pour retrouver de l’indépendance par rapport aux importations de soja brésilien, aider les éleveurs doublement victimes lors des sécheresses et travailler sur l’alimentation humaine, moderniser les abattoirs, réaliser une campagne de communication pour faire connaître l’enseignement agricole et les métiers du vivant et enfin financer des bilans carbone pour aider les jeunes agriculteurs à réduire leur impact en matière de changement climatique.
- 546 millions pour l’accélération de la transition agroécologique, comprenant le financement d’une prime à la conversion pour les agroéquipements. Cette ligne budgétaire renforcera également le fonds Avenir Bio, la structuration des filières et permettra la création d’un crédit d’impôt Haute valeur environnementale (HVE) ainsi que l’accompagnement à la mise en place de haies. Ce volet comprend aussi le développement des circuits courts, notamment via un plan de soutien aux cantines scolaires, et le financement des Projets alimentaires territoriaux (PAT).
- 300 millions pour l’adaptation au changement climatique. Il s’agit d’accompagner l’agriculture et la forêt dans la résilience au changement climatique. Même si la prise de conscience de nos gouvernants est tardive, et peut-être modeste au regard des immenses enjeux environnementaux (montants ne représentant « que » 1,2 % du plan de relance), le tournant est pris. Car forte est la demande sociétale, née d’une lassitude des scandales alimentaires et des dérives de l’agrochimie, d’une nécessité d’une alimentation plus locale, plus rémunératrice des producteurs, plus saine. Gageons que les millions déversés serviront réellement à ouvrir la voie à un modèle agricole plus respectueux de la santé des agriculteurs et des consommateurs, de la pérennité économique de ce secteur, de la qualité des sols et de l’environnement en général.

 

Erratum : c’est principalement dans le sol que les plantes puisent l’azote, sous la forme de nitrate (NO3-) et d’ammonium (NH4+), et non d’ammoniac (NH3) comme il a été affirmé dans le billet du mois dernier.