Enquêtes, biodiversité, chasse : Pierre Rigaux revient sur les actions de NOS VIVENTIA et les enjeux de la protection des animaux sauvages.
Écologue de profession, Pierre Rigaux a travaillé pendant 15 ans dans l’expertise naturaliste et sur des programmes de conservation de la nature en France. Il est le fondateur et le président de l’association NOS VIVENTIA depuis 2020.
Pour celles et ceux qui ne seraient pas familiers avec ce métier, pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste le travail d’un écologue ? Quelle formation et quelles compétences sont nécessaires pour exercer cette profession ?
Un écologue étudie la biodiversité et les écosystèmes. Il faut une formation scientifique universitaire (master), de la rigueur et beaucoup de curiosité.
NOS VIVENTIA, qui signifie « Nous les vivants », mène des enquêtes inédites sur l’élevage des animaux destinés à la chasse, mais ses missions ne se limitent pas à cela. Pouvez-vous nous en dire plus sur les autres actions menées par l’association ?
Nous menons des investigations de terrain sur toutes sortes d’atteintes aux animaux dits « sauvages » en France, par exemple, le massacre des oiseaux migrateurs sur le littoral ou la chasse à courre aux lièvres. Notre objectif est de documenter des pratiques cruelles et méconnues, dans le but à terme de pouvoir y mettre fin.
NOS VIVENTIA a remonté la filière de production des oiseaux élevés pour la chasse en France, révélant pour la première fois la maltraitance à toutes les étapes de l’élevage des faisans et des perdrix, jusqu’à la livraison aux chasseurs. Les vidéos, disponibles en ligne, sont choquantes. Combien d’élevages sont concernés ? Où en est le dépôt de plainte ?
Plusieurs centaines de fermes intensives sont entièrement dédiées à l’élevage des animaux destinés à la chasse en France. Nous avons enquêté dans une quinzaine de ces élevages depuis quelques années. Ces élevages sont hélas autorisés, mais nous avons déposé plusieurs plaintes pour maltraitance extrême ; les procédures sont toujours en cours.
Quels sont les organismes chargés de déterminer si une espèce est nuisible et de définir des mesures de régulation ? Prennent-ils en compte l’impact de l’homme sur les espaces naturels, qui sont pourtant les habitats des animaux ?
Les décisions sont prises aux niveaux préfectoral et ministériel, théoriquement sur la base de la connaissance commune, mais en réalité sous la pression gigantesque du lobby de la chasse et d’une frange réactionnaire du milieu agricole. On considère encore, hélas, que tout ce qui nous dérange un peu est nuisible et doit être éliminé. C’est une vision en décalage complet avec les données scientifiques. Par exemple, les renards sont encore piégés, déterrés et tirés sans aucune limite sous prétexte qu’ils mangent parfois des faisans ou des poules, au mépris des avis scientifiques.
À quoi ressemblerait une société sans chasse ? Est-ce une perspective réalisable et réaliste à long terme ?
Une société sans chasse n’est pas envisageable à court terme à cause des blocages politiques, mais possible à long terme si la société le souhaite vraiment. La chasse ne sert à rien. L’immense majorité des animaux chassés appartiennent à des espèces dont aucun scientifique ne prône la « régulation », argument pourtant mis en avant de façon systématique pour tenter de justifier la chasse. Le cas des sangliers, marginal malgré l’augmentation réelle de leurs effectifs, fait débat, car la cohabitation entre eux et nous est parfois difficile, mais la chasse de loisir ne règle aucun problème, au contraire. Il serait temps de mettre à la fois plus de science et plus d’éthique pour appréhender cette question. Pour les habitants des campagnes, ça changerait tout, à commencer par ne plus croiser de gens armés le week-end en sortant de chez soi.











