Les bouleversements climatiques sont une réalité incontournable, ils mettent à rude épreuve nos habitudes en arboriculture. Comment faire de son verger un espace nourricier et résilient face aux aléas du climat ? Comment adapter ses pratiques de plantation aux conditions futures ?
Ces dernières années ont vu une accélération des changements climatiques, avec des aléas plus forts et plus fréquents : pluies intenses ou éparses, coups de chaleur, canicules et sécheresses. Ces perturbations sont renforcées par des hivers doux et des printemps humides, avec des gels tardifs, ce qui a de graves conséquences sur les arbres fruitiers et champêtres à long terme. Ils perdent leurs feuilles plus tard en automne, ce qui perturbe leur repos hivernal, et sont de plus en plus exposés aux gelées tardives pendant la période de la floraison et la nouaison (phase initiale de la formation du fruit).
Les arbres sont par nature assez résilients pour lutter contre ces perturbations si elles ne sont pas trop fréquentes. Mais l’accélération des aléas, qui s’enchaînent les uns après les autres, les fragilise et met à mal leurs écosystèmes.
Les arbres souffreteux sont très sensibles aux maladies et plus fréquemment attaqués par des insectes ravageurs, auxquels ils n’ont plus l’énergie de résister. Les forêts malades attirent moins la pluie, ce qui augmente les déficits hydriques et contribue à l’assèchement des sols. De plus en plus d’arbres tombent en été, déracinés dans un sol sec…
Les changements climatiques vont complètement changer notre regard sur l’arboriculture. Il va falloir apprendre à gérer les arbres et les forêts pour les rendre plus résilients face à la nouvelle donne climatique.
Mieux retenir l’eau dans les sols en…
- créant ou maintenant des sols vivants avec couverts végétaux permanents sélectionnés (engrais verts et paillis) ;
- aménageant le terrain pour gérer l’écoulement des excès d’eau saisonniers, par exemple en creusant des canaux (baissières) pour retenir, infiltrer et répartir l’eau là où l’on en a besoin.
Créer des microclimats
Cela passe par :
– organiser des écosystèmes cultivés pour créer différentes zones aux conditions de soleil et d’ombre variées ;
– planter les arbres les plus résistants pour donner de l’ombre et une protection contre les vents secs aux arbres et aux cultures plus sensibles ;
– ralentir et infiltrer l’eau pour augmenter la réserve d’eau nécessaire au maintien des cultures à l’année ; mais aussi, pour augmenter légèrement l’humidité de l’air autour des cultures pendant les périodes les plus sèches ;
– choisir des espèces et des variétés résistantes aux nouvelles conditions. Certaines cultures seront amenées à changer ou à disparaître. Exemple : plantation de la vigne dans des régions plus septentrionales et changement de cépages dans les régions du sud de la France ;
– introduire des espèces et des variétés adaptées aux perspectives climatiques locales. Les plantations d’agrumes, de grenadiers, d’amandiers, par exemple, se multiplient dans le Sud ; en revanche, les pommiers, les cerisiers, et même les châtaigniers régressent dans ces régions.
Irriguer différemment
À gauche, ce jeune arbre est irrigué régulièrement par aspersion, le sol en surface reste humide, les racines se développent préférentiellement à la surface. En cas de sécheresse, cet arbre sera dépendant de l’irrigation. En cas de coup de vent, il sera moins bien ancré au sol.
À droite, il développe une racine pivot qui descend en profondeur et explore profondément les différents horizons du sol, à la recherche d’eau et de minéraux. Il sera davantage autonome en cas de stress hydrique. La diffusion gravitaire de l’eau dans le sol dépend de sa texture (proportion de sables, limons et argiles) et de sa structure (la manière dont sont organisées les particules minérales et la matière organique du sol). Cette illustration est un exemple qui ne correspond pas à toutes les situations de sol.
En pratique
Achetez des plants d’arbres chez des pépiniéristes locaux, adaptés aux mêmes conditions pédoclimatiques, et préférez les scions (arbres d’un an) plutôt que des sujets plus âgés. Ces derniers poussent plus vite et s’enracinent mieux. Après dix ans, le scion sera plus grand, vigoureux, productif et résilient que l’arbre préformé.
Lors de la plantation, veillez à bien ameublir le sol en profondeur, tout en respectant les différentes couches du sol. Certains sols trop argileux ou, au contraire, trop sableux devront être amendés avec du terreau afin de leur donner une structure propice au développement des racines.
Le dicton « À la Sainte-Catherine, tout bois prend racine » n’a plus cours. L’arrivée tardive du froid à l’automne, ayant pour corollaire une chute des feuilles très tardive, retarde les plantations d’arbres à racines nues. Les plantations de ces arbres se font de plus en plus souvent en janvier, voire février, ce qui les rend très sensibles au chaud et au sec la première année. Il est préférable, dans les endroits les plus secs, d’acheter de jeunes arbres en pots, plus chers, mais avec un système racinaire qui se développera plus vite.
Un arrosage, si nécessaire, est recommandé les deux ou trois premières années pour permettre à l’arbre de bien s’installer (voir le schéma).
Formateur, expérimentateur et jardinier. Auteur pour Terre & Humanisme du Manuel des jardins agroécologiques, éditions Actes Sud ; et du Manuel de la litière forestière fermentée, éditions du Rouergue.
Formateur, jardinier et naturaliste. Co-auteur pour Terre & Humanisme du livre Adapter son jardin nourricier au changement climatique, éditions Actes Sud.
Adapter son jardin nourricier au changement climatique
De Terre & Humanisme, éd. Actes Sud.
Ce guide explique en détail l’ensemble des leviers d’action possibles face aux bouleversements climatiques. Un livre essentiel pour transformer son jardin en un espace résilient, robuste et apte à braver les fluctuations environnementales, tout en cultivant une autonomie alimentaire durable.
Créée à l’initiative des proches de Pierre Rabhi en 1994, Terre & Humanisme œuvre depuis plus de 30 ans pour la transmission et la diffusion de l’agroécologie au Nord comme au Sud. L’association s’adresse aux particuliers comme aux professionnels, par une offre de formation, sensibilisation, expertise et conseil, mais aussi par l’accompagnement de projets. À l’international, l’association mène des projets de solidarité en Afrique de l’Ouest et dans les pays du pourtour méditerranéen pour accompagner la transition agroécologique et la souveraineté alimentaire.




