Les cofondateurs de Seastemik alertent sur l’impact de notre alimentation sur les océans et proposent des solutions pour les préserver.
Ancien officier de la Marine et ancien second capitaine à Sea Shepherd, Maxime de Lisle a travaillé 10 ans dans le conseil avant de se consacrer à la protection des océans.
Esther Dufaure, ancienne consultante en droits humains en Afrique de l’Ouest, a étudié l’impact des politiques publiques sur les populations vulnérables face aux inégalités et au changement climatique.
Pourquoi Seastemik ?
Il y a à la fois le cœur et la raison. Le cœur, c’est qu’on est tous des passionnés de l’océan : on y vit, on y a grandi, surfé, plongé ; c’est un écosystème qui nous bouleverse. Et la raison : l’océan est la première source de vie sur Terre. Il nourrit et régule le climat. Mais notre alimentation le détruit. Il y a donc une urgence absolue à le repeupler pour préserver les conditions d’habitabilité de notre planète.
En quoi consiste le mégaprojet Pure Salmon, et pourquoi vous y opposez-vous aussi fermement ?
Il vise à créer potentiellement la plus grande usine terrestre de saumons au monde. Pure Salmon, basé à Abu Dhabi, veut implanter cette méga-usine au Verdon-sur-Mer. Elle menacerait l’emploi local, les pêcheurs, les conchyliculteurs, et surtout l’estuaire de la Gironde, dernier estuaire sauvage d’Europe. Il y a aussi des rejets, du pompage d’eau et une usine très énergivore, donc très carbonée. La mobilisation est énorme : 27 ONG, des scientifiques, des citoyens et 103 députés de presque tous les partis sont contre.
Seastemik a publié, avec Data For Good, l’enquête Pinkbombs, révélant qu’il faut jusqu’à 440 poissons sauvages pour produire un seul saumon d’élevage. Pourquoi ce non-sens ?
La demande mondiale de poisson est devenue trop importante. Aujourd’hui, l’aquaculture représente environ 50 % des poissons consommés, et le saumon, très apprécié, est l’une des espèces phares. Les Français en sont les quatrièmes consommateurs dans le monde et les premiers en Europe.
Mais c’est un poisson carnivore : il faut le nourrir avec des poissons de fourrage, comme les sardinelles, pêchées intensivement, notamment en Afrique de l’Ouest et au Chili. Comme ils sont petits, il en faut énormément. Résultat : une situation absurde, avec des poissons d’élevage destinés à des marchés aisés, dans un système très industrialisé.
Vous appelez à diviser par trois notre consommation de poisson : cela sera-t-il suffisant pour changer la donne ? Quant à la truite française, souvent mise en avant, est-elle une bonne alternative pour remplacer le saumon ?
Ce serait déjà une énorme étape pour repeupler l’océan. Selon les données scientifiques, l’alimentation est le premier facteur de dégradation de la biodiversité marine. La truite française, malheureusement, n’est pas une solution : c’est la petite cousine du saumon et son élevage a globalement les mêmes impacts, notamment à cause des farines de poisson. La vraie solution, c’est surtout de réduire la consommation et de se tourner vers des crustacés ou des algues.
Vous travaillez avec la restauration collective, pour « dépoissonner » l’alimentation…
Oui, c’est un terme un peu fort, mais qui fait le parallèle avec le besoin de décarboner notre économie. On commence par sensibiliser les entreprises en fonction du nombre de poissons qu’elles mettent dans les assiettes, grâce à des calculateurs d’impact océan (biodiversité, bien-être animal, pollutions qui vont être ingérées par les consommateurs…). Ensuite, on les aide à définir des plans de transition avec des solutions simples : des recettes créées par des chefs, savoureuses et « iodées », qui donnent l’impression d’être en mer… sans poisson.






